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Introduction à la première section |
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Une fois le Bienheureux
demeurait au parc d’Anâthapindika, situé dans le bois de Jeta, près de la ville
de Sâvatthi. En ce temps-là, un jour, les bhikkhus
[en sanskrit : bhiksu], après être rentrés de leur tournée
d’aumône, après avoir terminé leur repas, s’étaient réunis assis dans la
rotonde appelée Kareri. Une bonne conversation, concernant les
demeures anciennes, s’engagea alors entre eux : « Ainsi il y avait une
demeure du passé et encore ainsi il y avait une demeure du passé… ».
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Le Bienheureux, qui se trouvait dans le domaine mental où il pouvait
entendre grâce à l’oreille surhumaine bien claire qui dépasse la
capacité humaine, entendit la conversation de ces bhikkhus. Alors il se
leva de son siège, s’approcha de l’endroit où se trouvait la rotonde Kareri et
s’assit sur le siège préparé à son intention. S’étant assis, il s’adressa aux bhikkhus
: « Quelle est la conversation, ô bhikkhus, qui vous tient maintenant
assis dans ce lieu ? A quel point votre conversation vient-elle de
s’interrompre [à cause de mon arrivée] ? »
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Etant questionnés ainsi, les bhikkhus
répondirent […]. Le Bienheureux demanda : « Voulez-vous, ô bhikkhus,
écouter un bon propos concernant les demeures anciennes ? » Les bhikkhus
répondirent : « C’est le moment, Bienheureux. C’est le moment, Bienvenu.
Si le Bienheureux donne un bon discours sur les demeures anciennes, les bhikkhus,
ayant écouté la parole du Bienheureux, la garderont dans leur mémoire. » Le Bienheureux dit : « Alors,
ô bhikkhus, réfléchissez bien et soyez attentifs. Je vais vous parler ». « Très bien. Bienheureux »,
répondirent les bhikkhus.
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Première
section Les sept Tathâgata
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Le Bienheureux dit : « O bhikkhus, le bienheureux Vipassi, arahant,
sammasam-buddha [en sanskrit : samyaksam-buddha], est né
dans le monde il y a déjà quatre-vingt-onze ères cosmiques. Le bienheureux
Sikhi, il y a déjà trente et une ères cosmiques. Le bienheureux Vessabhu,
pendant la même trente et unième ère cosmique, tout comme le bienheureux
Kakusanda, le bienheureux Konagamana et le bienheureux Kassapa. Et c’est dans
cette même heureuse ère cosmique que moi, l’arahant, sammasam-buddha
d’aujourd’hui, je suis né dans le monde.
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Ainsi parla le Bienheureux. Après avoir dit cela, s’étant levé de son
siège, le Bienheureux rentra dans sa demeure.
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Introduction
à la deuxième section
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Peu après le départ du
Bienheureux, parmi les bhikkhus s’engagea la conversation suivante : « O frères, il est
merveilleux, ô frères, il est surprenant le pouvoir prodigieux du Tathâgata,
la majesté du Tathâgata, à tel point qu’il se rappelle les Bouddhas du
passé qui ont atteint la cessation complète, qui ont tranché les
éléments retardateurs, qui ont détruit les barrières, qui ont totalement arrêté
le cycle [du samsâra], qui sont allés au-delà de toutes les souffrances,
et qu’il se rappelle leur naissance, leurs noms, leur famille, la durée de leur
vie, leurs deux disciples principaux, les assemblées de leurs auditeurs […].
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Qu’en pensez-vous, ô frères ? Le Tathâgata a-t-il pénétré lui-même ce domaine de la
nature […] ou bien les dieux [deva]
l’ont-ils informé
[…] ? » Telle était la conversation
qui se déroulait parmi les bhikkhus.
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A ce moment-là, le Bienheureux, s’étant levé après son repos de
1’après-midi, s’approcha de la rotonde Kareri. Il s’assit sur le siège préparé
à son intention et s’adressa aux bhikkhus :
« Quelle est la conversation qui vous tient maintenant assis en ce lieu ? A
quel point votre conversation vient-elle de s’interrompre ? »
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[Le Bienheureux dit : ] « O bhikkhus, le Tathâgata a
bien pénétré dans le domaine de la nature [des choses] et c’est à la suite de
cette pénétration dans le domaine de la nature des choses que le Tathâgata
se rappelle les Bouddha du passé […]. Les dieux aussi m’ont informé à leur
propos. […] Voulez-vous, ô bhikkhus, écouter encore un autre bon propos
concernant les demeures anciennes ? »
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Les bhikkhus
répondirent : « Ceci est le temps, Bienheureux. Ceci est le temps,
Bienvenu. » Le Bienheureux dit : « Alors,
ô bhikkhus, réfléchissez bien et soyez bien attentifs. Je vais vous
parler ». « Très bien, Bienheureux
», répondirent les bhikkhus.
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Deuxième
section La carrière de bodhisattva du Bienheureux
Vipassi
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Le Bienheureux dit : « O bhikkhus, le
Bienheureux Vipassi, arahant, sammasam-buddha, est né dans le
monde il y a déjà quatre-vingt onze ères cosmiques. Il était par naissance khattiya
[en sanskrit : ksatriya] puisqu’il était né dans une maison khattiya.
Il appartenait à la famille Kondanna. Sa durée de vie fut de quatre-vingt mille
ans. Il atteignit l’Eveil au pied d’un arbre "pâtali". Il avait deux
disciples, en tant que deux heureux disciples principaux, nommés Khanda et
Tissa. Il avait trois assemblées d’auditeurs. Une première assemblée
d’auditeurs fut de soixante-huit mille, une autre de cent mille et une autre
encore de quatre-vingt mille ; [et tous ces disciples] étaient de ceux
qui ont éliminé les écoulements mentaux toxiques. Le Bienheureux Vipassi
avait un bhikkhu nommé Asôka comme aide-assistant. Son père était un roi
nommé Bandhumâ, et sa mère était la reine Bandhumatî. Le royaume du roi Badhumâ
était connu sous le nom de Bandhumatî. C’est dans l’ordre des choses.
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En effet, ô bhikkhus, le bodhisatta [en
sanskrit : bodhisattva]
Vipassi, en
quittant le groupe des dieux Tusita, étant attentif et conscient, descendit
dans l’utérus de sa mère. C’est la nature des choses. C’est dans l’ordre des
choses.
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C’est dans l’ordre des choses, ô bhikkhus, que lorsqu’un bodhisatta
entre dans l’utérus de sa mère, à ce moment-là, dans cet univers parmi les
Mâras, les Brâhmas, les religieux [sramana]
et les brâhmanes, les dieux et les humains,
se produise une grande lumière incommensurable qui dépasse la majesté
[lumineuse] des dieux. Même les lieux extrêmement obscurs, comme le bout de
l’univers où des puissants tels que la lune et le soleil ne sont pas capables
de faire pénétrer leur lumière, sont illuminés par cette splendeur majestueuse
sans limite qui dépasse la grande majesté [lumineuse] des dieux. Les êtres
vivants qui sont nés dans ces lieux, se voyant l’un l’autre grâce à cette
splendeur, disent : « Vraiment, il en est donc d’autres qui vivent ici !».
Les dix mille systèmes planétaires sont ébranlés et tremblent violemment. Dans
un tel cas, c’est la nature des choses.
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Les quatre princes des dieux se présentent alors pour effectuer la
protection des quatre directions en disant : « Qu’aucun être humain ou non
humain ne fasse le moindre mal au bodhisatta ou à sa mère ». Celle-ci est naturellement une
personne vertueuse : elle s’abstient de tuer les êtres vivants, de prendre ce qui ne lui
est pas donné, de relations sexuelles illicites, de proférer des mensonges, de
prendre des boissons enivrantes qui causent l’égarement et l’inattention. Elle
n’a aucun désir d’avoir du plaisir sensuel avec un homme et aucun homme n’est
capable de la convaincre d’avoir une relation de type sexuel. Elle reçoit les
plaisirs des cinq sens, elle est comblée, entourée du plaisir des cinq sens.
Elle n’est dérangée par aucune maladie, elle est dans le bonheur et son corps
ne ressent aucune fatigue. […]
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C’est dans l’ordre des choses, ô bhikkhus, que lorsqu’un bodhisatta
est né, sa mère décède au septième jour et qu’elle renaisse alors dans l’état
céleste Tusita. Elle accouche après l’avoir gardé pendant dix mois complets
dans son utérus, tandis que les autres femmes accouchent après avoir gardé leur
enfant pendant neuf ou dix mois. Elle accouche tout en étant en posture debout,
tandis que les autres femmes accouchent en posture assise ou allongée. La mère
du bodhisatta n’accouche pas comme les autres femmes. Lorsque le bodhisatta
est né, il est accueilli d’abord par les dieux et ensuite par les humains. Il
n’est pas mis par terre. Il est accueilli par les quatre princes divins.
Ceux-ci présentent l’enfant à sa mère en disant : « O dame divine, soyez
contente. Pour vous un très puissant enfant est né ».
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Lorsque le bodhisatta
sort de l’utérus de sa mère, il sort sans être souillé ou touché par les
éléments liquides, le mucus, le sang ou un quelconque élément impur, il sort de
l’utérus de la mère pur et sans tache. C’est tout comme, ô bhikkhus, une
pierre précieuse placée dans un tissu de Kâsi, qui n’est pas souillé par ce
tissu et que le tissu ne souille pas. Pourquoi ? Parce que ces deux éléments
sont également purs.
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C’est dans l’ordre des choses, ô bhikkhus, que lorsque le bodhisatta
sort de l’utérus de sa mère, viennent d’en haut deux sources d’eau, l’une
froide et l’autre chaude, lesquelles subviennent aux besoins en eau du bodhisatta
et de sa mère. Dès qu’il est né, le bodhisatta reste debout sur ses pieds et des dais blancs
sont placés au-dessus de lui. Il marche sept pas vers l’est et regarde dans
toutes les directions, puis il dit cette parole sublime : « Dans le monde, je
suis le chef ; pour le monde, je suis l’aîné ; pour le monde, je suis
le premier ». A ce moment-là, dans cet univers […] se produit une grande lumière incommensurable qui dépasse la majesté
[lumineuse] des dieux. […]
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Lorsque, ô bhikkhus, le prince Vipassi est né, le roi Bandhumâ a
été informé par ces paroles : « Sire, pour vous un fils est né. Que le prince
divin voit l’enfant ». Le roi Bandhumâ vit l’enfant puis s’adressa aux brahmanes
devins : « Que les brahmanes devins regardent l’enfant ». Les brahmanes devins
ont regardé l’enfant et, l’ayant vu, il dirent au roi Bandhumâ : « Sire, soyez
content, pour vous un fils très puissant est né. Avoir un tel fils dans votre
famille est un gain, un grand gain pour vous. Cet enfant, Sire, est pourvu des
trente-deux marques corporelles d’un Grand Homme [mahâ-purusa]
. Il a donc deux destinées,
et il n’en est pas d’autres : s’il mène une vie de foyer, il devient un roi
universel qui met en marche la roue de la droiture, un roi de la droiture,
fidèle à la droiture, dominant les quatre bords de la terre, dont le territoire
a été pacifié et qui possède les sept joyaux. Voici les sept joyaux qu’il
possède : la roue, l’éléphant, le cheval, la pierre précieuse, la femme, le
maître de maison, le fils aîné. Il a plus de mille fils braves qui ont des
corps de héros, qui sont capables de détruire les armées ennemies. Il gouverne,
l’ayant conquise, cette terre bornée par l’océan, sans le bâton ni l’arme, par
la seule droiture. Mais s’il quitte le foyer, passant de la maison à l’état
sans foyer, il devient un arahant, un sammasam-buddha, qui a
écarté le voile [de l’ignorance] de ce monde.
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[Cela étant dit], ô bhikkhus, le roi Bandhumâ offrit aux
brahmanes devins de nouveaux vêtements et il les rassasia avec toutes les
choses dont ils avaient besoin.
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Ensuite, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ employa de nombreuses
domestiques pour s’occuper du prince Vipassi. Certaines parmi elles
l’allaitaient, d’autres le lavaient, le gardaient ou le portaient dans leurs
bras. Dès sa naissance, un baldaquin blanc fut placé au-dessus du prince
Vipassi, de jour comme de nuit, et l’on souhaitait : « Que le prince ne
soit pas gêné par le froid, la chaleur, les pailles, les poussières ou
l’humidité ». Il sembla aimable et plaisant à beaucoup de monde. Tout
comme, ô bhikkhus, un lotus bleu, ou rouge, ou blanc semble agréable et plaisant à beaucoup de monde […]. Aussi passait-il
continuellement des bras des uns aux bras des autres.
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Dès sa naissance, le prince Vipassi eut une voix sublime, agréable,
douce et plaisante. Tout comme, ô bhikkhus, la voix du coucou dans la
montagne d’Himalaya.
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Dès sa naissance, chez lui se produisit l’œil divin comme résultat de
ses actions méritoires passées. Ainsi il voyait jour et nuit, jusqu’à une
distance d’une lieue.
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Dès sa naissance, il regardait autour de lui sans
clignements, tout comme les dieux de Tâvatimsa. Alors les gens dirent :
« Ce prince regarde sans clignements » et ainsi le prince était
connu [sous le nom de] Vipassi [« Celui qui regarde bien »]. En
ce temps-là, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ se tenait dans la salle
de jugement ; tout en gardant le prince Vipassi assis sur ses genoux, il
rendait la justice. Le prince Vipassi, sur les genoux de son père, rendait
compte selon la loi des sens de tel et tel jugement. Alors les gens dirent :
« Ce prince rend compte selon la loi des sens de tel et tel
jugement » et ainsi le prince était connu sous le nom de Vipassi.
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Alors, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ fit construire trois palais à
l’intention du prince : un pour l’automne, un pour l’hiver et l’autre pour
l’été. Il organisa pour le prince les objets des cinq plaisirs sensuels.
Pendant la saison des pluies, le prince Vipassi demeurait dans le palais
d’automne où il n’y avait aucun serviteur masculin, entouré uniquement de
femmes jouant des instruments de musique, sans jamais descendre au
rez-de-chaussée.
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O bhikkhus, après de longues années, après des centaines de
longues années, après des milliers de longues années, un jour, le prince
Vipassi s’adressa à son cocher : « Cher cocher, apprêtez des chars bien
beaux, bien propres. Allons au jardin pour voir ce terrain plaisant ».
« Bien, Seigneur » dit le cocher. […]
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Etant en chemin vers le
jardin, le prince Vipassi vit un vieillard courbé comme un pignon (de toit),
qui marchait en tremblant avec l’aide d’un bâton, malade et ayant dépassé le
jeune âge. L’ayant vu, le prince s’adressa au cocher : « Cet homme, ô cher
cocher, qu’a-t-il fait ? Ses cheveux ne sont pas comme ceux des autres. Son
corps n’est pas comme celui des autres. - Il est, Seigneur, « celui
qui est arrivé à la vieillesse ». - O cher cocher, que veut dire « celui qui est arrivé à la vieillesse »
? - Seigneur, il a peu de temps
à vivre. C’est pourquoi il s’appelle « celui qui est arrivé à la vieillesse ». - O cher
cocher, suis-je moi aussi assujetti à cette nature de vieillesse ? Suis-je
incapable d’éviter cette vieillesse ? - Seigneur, nous tous sommes assujettis à cette nature de
vieillesse. Nous tous sommes incapables d’éviter cette vieillesse. - Alors, ô cher cocher,
aujourd’hui le jardin est inutile. D’ici, reconduisez les voitures vers la cité
intérieure. - Très bien seigneur », répondit le cocher. Puis il le reconduisit vers
la cité intérieure.
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De retour au palais, ô bhikkhus, le prince [seul], chagriné,
affligé, se lamentait en disant : « Honte à ce phénomène dit naissance, si se
manifeste une vieillesse pour celui qui est né ».
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O bhikkhus, le roi
Bandhumâ s’adressa au cocher : « Cher cocher, est-ce que le prince a aimé le
jardin ? Le prince a-t-il été content du jardin ? - Non, sire, le prince n’a pas
aimé le jardin. Le prince n’a pas été content du jardin. - Cher cocher, qu’a-t-il vu
pendant le trajet vers le jardin ? - Sire,
étant en chemin vers le jardin, le prince a vu un vieillard courbé comme un
pignon […]. Depuis son retour au palais, le prince chagriné, affligé, se
lamente en disant : « Honte à ce phénomène dit naissance, si se manifeste une
vieillesse pour celui qui est né ». » Alors, ô bhikkhus, le
roi Bandhumâ se dit : « Que le prince Vipassi ne reste pas sans régner ! Que le
prince Vipassi ne quitte pas la maison pour mener une vie sans maison !
Que la parole des brahmanes devins ne se réalise pas ! »
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Ensuite, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ organisa davantage les
cinq plaisirs sensuels pour le prince Vipassi afin qu’il reste pour régner,
qu’il ne quitte pas la maison pour mener une vie sans foyer et que les paroles
des brahmanes devins ne se réalisent pas. Dès lors, ô bhikkhus, le
prince Vipassi était entouré et possédé par les cinq plaisirs, au milieu des
plaisirs sensuels.
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[le même épisode se reproduit avec un malade et un mort qu’on mène au
bûcher funéraire, puis avec un renonçant [sramana] : ]
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Le prince Vipassi s’adressa au
renonçant et lui demanda : « Ami, qu’avez-vous fait ? Votre tête n’est pas
comme celle des autres ? Vos vêtements ne sont pas comme ceux des autres ? - Je m’appelle « celui qui a
renoncé » - Pour quelle raison êtes-vous
appelé « celui qui a renoncé » ? - Je suis celui qui a renoncé.
J’ai renoncé [à la vie de maison] en me disant : « Il est bon de se
conduire selon la droiture, il est bon de se conduire selon l’équanimité, il
est bon de se conduire pour effectuer des choses efficaces, il est bon de se
conduire pour effectuer des actions méritoires, il est bon de se conduire selon
la non-violence, elle est bonne la compassion à l’égard des êtres
vivants ». […]
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Ensuite, ô bhikkhus, Le prince Vipassi s’adressa au cocher :
« Alors, cher cocher, en prenant les chars, d’ici, retournez à la cité
intérieure. Quant à moi, en me rasant la barbe et les cheveux, et en revêtant
le vêtement kâsâya [vêtement de couleur ocre que revêtent les ascètes]
je quitterai la vie de maison pour entrer dans la vie sans foyer ».
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« Très bien, Seigneur » répondit le cocher. Puis il conduisit les chars
vers la cité intérieure. Quant au prince Vipassi, ayant rasé ses cheveux et
sa barbe, ayant revêtu des vêtements kâsâya et renonçant à la vie de
maison, il parvint à l’état sans foyer.
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O bhikkhus, le grand peuple du royaume de Bandhumatî – quatre
mille personnes - entendit dire que le prince Vipassi […] était parvenu à
l’état sans foyer. L’ayant entendu, ils se dirent : « Sûrement, si le prince
Vipassi […] est parvenu à 1’état sans foyer, selon une doctrine et une
discipline, ce ne doivent pas être une doctrine ordinaire ni une discipline
ordinaire, ce ne peut pas être un renoncement ordinaire. […] Que dire donc de
nous ? ». Alors le grand peuple du royaume de Bandhumatî […] renonçant à
la vie de maison gagna l’état sans foyer auprès du bodhisatta Vipassi.
Le bodhisatta Vipassi, ô bhikkhus, entouré de ce grand groupe,
sillonna alors le royaume en passant par les villages et les bourgades.
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[En ce temps-là, un jour] chez le bodhisatta Vipassi qui était
dans la solitude se produisit cette réflexion : « Le fait que je reste entouré
de la foule, n’est pas convenable pour moi. Il faut que je demeure séparé de la
foule ». Plus tard, ô bhikkhus, le bodhisatta Vipassi demeura
tout seul. Les renonçants, au nombre de quatre-vingt mille, allèrent dans une
direction. Le bodhisatta Vipassi alla dans une autre direction.
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Conclusion du récit
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O bhikkhus, une fois je demeurais au pied d’un grand arbre "sala"
du bois Subha, auprès d’Ukkattha. En ce temps-là, un jour, alors que j’étais
dans le repos solitaire [de l’après-midi] me vint cette réflexion : « Pendant
ces longues périodes, il n’y a nulle demeure [des Brahmâs] dans laquelle je ne
me suis pas rendu, sauf celle des dieux de Suddhâvâsa. Il serait bon que je m’y
rende. » Alors, tout comme un homme fort étend son bras plié ou plie son bras
étendu, je me suis dispersé du pied de l’arbre "sala", près d’Ukkattha, et me
suis présenté au sein de la troupe des dieux de Suddhâvâsa.
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Là-bas, des milliers de divinités appartenant à divers groupes de dieux
s’approchèrent de moi, me rendirent hommage, puis restèrent debout à l’écart
sur un côté. Ces divinités me dirent : « O Seigneur heureux, il y a quatre-vint
onze ères cosmiques déjà, le Bienheureux Vipassi, Arahant, Eveillé
parfait, est apparu dans le monde. […] Voici comment le Bienheureux Vipassi, Arahant,
Eveillé parfait, a renoncé à son foyer ; comment il est entré dans la
vie sans maison ; comment il a mené ses efforts énergiques et atteint
l’Eveil parfait ; voici comment il a mis en marche la Roue de la Doctrine.
O Seigneur bienheureux, nous-mêmes, nous avons suivi la conduite sublime sous
la direction du Bienheureux Vipassi : nous avons éliminé le désir pour les plaisirs
sensuels et, par conséquent, nous sommes nés ici.
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Ensuite, ô bhikkhus, divers milliers de dieux, diverses centaines
de milliers de dieux appartenant à la même catégorie, m’approchèrent. […] Ils
me dirent: « O Seigneur bienheureux, c’est maintenant, dans cette ère cosmique
propice, que vous, le Bienheureux, l’Eveillé parfait, l’Arahant, êtes
né. O Seigneur bienheureux, par naissance le Bienheureux est un khattiya,
né dans la caste khattiya.[…] Nous, ô Seigneur bienheureux, en
suivant la Conduite sublime sous votre direction, après avoir éliminé le désir
pour les plaisirs sensuels, nous sommes nés ici.
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[Puis le Bouddha Sâkyamuni entend le même récit et reçoit le même
hommage de diverses autres catégories de dieux]
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De cette façon, ô bhikkhus, le Tathâgata a compris l’élément de la
nature des choses et par conséquent, le Tathâgata se rappelle tels Eveillés
d’autrefois qui ont atteint le parinibbâna [en sanskrit : parinirvâna]
qui ont éliminé les entraves, qui ont détruit les barrières, qui ont mis fin au
cycle des existences, qui ont échappé à dukkha de diverses manières, et
il se rappelle leur naissance, leurs noms, leurs familles, la durée de leur
vie, leurs deux disciples principaux et les assemblées de leurs disciples, en
disant : « Tel ou tel Bienheureux avait tel nom, telle famille, telle
discipline, telle doctrine, telle sagesse, telle demeure habituelle, telle
libération ».
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Ainsi parla le Bienheureux. Les bhikkhus, heureux, se réjouirent
des paroles du Bienheureux.
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Tous les sûtra, censés conserver la
parole du Bouddha même, commencent par la formule consacrée "Ainsi ai-je
entendu". La tradition veut que, quelques semaines après le décès du
Bouddha, un concile ait été réuni dans la ville de Râjagriha. Ananda, son
cousin et son assistant durant toute sa vie de prédication, y aurait été invité
à réciter, de mémoire, tous les enseignements du Maître auxquels il avait
assisté. Mais cette formule apparaît aussi en ouverture
de sûtra reproduisant des enseignements donnés (le plus souvent en
présence du Bouddha mais aussi après sa mort) par d’autres personnes,
essentiellement ses principaux disciples comme Ananda lui-même, Maudgalyâyana
ou Sâripûtra. Ces deux derniers, devenus moines peu de temps après l’Eveil du Bouddha,
étaient considérés comme les deux meilleurs enseignants après le Maître
lui-même. Ils décèderont peu de temps avant le Bouddha et c’est un autre grand
disciple, Mahâ-Kâsyapa, qui convoquera le premier concile et assurera la
direction de la communauté. La formule, devenue un
stéréotype, doit plutôt être considérée comme une preuve d’orthodoxie, les
compilateurs reconnaissant à travers elle que le discours qui suit est fidèle
aux enseignements du Bouddha.
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Une fois le Bienheureux
demeurait au parc d’Anâthapindika, situé dans le bois de Jeta, près de la ville
de Sâvatthi…
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Autre stéréotype, l’indication du lieu de
l’enseignement et, parfois, d’une date approximative ("pendant la
retraite de saison des pluies"). Certains chercheurs ont voulu s’appuyer
sur ces indications temporelles pour tenter de reconstituer une chronologie des
déplacements du Bouddha. Une telle recherche apparaît assez vaine, tant ces
indications sont imprécises et paraissent le plus souvent formelles. En
revanche les indications de lieu nous renseignent sur les principales
implantations de la jeune Communauté bouddhiste, le plus souvent des parcs et
des jardins, dont la tradition rapporte qu’ils ont été offerts par de riches
donateurs. Le parc de Jetavana, dont il est ici question,
est le plus célèbre d’entre eux et aurait été le lieu de résidence préféré du
Bouddha. Il a été offert par le marchand Anâthapindika, qui l’aurait lui-même
acheté au prince Jeta. Le prince n’y aurait consenti qu’à la condition que le
marchand en recouvre la superficie totale de pièces d’or. Ce qu’il aurait
fait !… Il est bien sûr tout à fait
impossible de savoir si ces donations ont été effectuées du temps du Bouddha
lui-même bien que, dans bien des cas, la chose paraisse vraisemblable.
L’exagération qui entoure ces donations et la qualité diverses des donateurs
(rois, marchands, banquiers, courtisanes…) peut être lue aussi comme un outil
de "promotion" pour la communauté : celle-ci rappelant ainsi
"innocemment" à ses auditeurs combien les grands de ce monde
avaient été généreux avec le Bouddha et combien il serait bon que leurs
successeurs continuent à faire de même !
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En ce temps-là, un jour, les bhikkhus, après être rentrés de leur
tournée d’aumône, s’étaient réunis assis dans la rotonde appelée Kareri.
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L’introduction se poursuit (ici avec une indication de
temps on ne peut plus approximative) en précisant les circonstances dans
lesquelles l’enseignement a été donné. Le plus fréquemment, il s’agit d’une
courte anecdote présentant un point de discorde ou d’interrogation au sein de
la communauté des moines ou bhikkhus. D’autres fois, il s’agit de
laïcs (le plus souvent de hauts personnages) ou de représentants d’autres
traditions spirituelles qui veulent interroger le Bouddha - parfois pour le
prendre en faute, parfois au contraire pour dissiper des doutes nés de leur
propre pratique. Ou enfin, mais plus rarement, c’est le Bouddha lui-même qui
décide de développer un point précis de sa Doctrine.
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La "bonne" conversation désigne une
discussion sur un point essentiel de la Doctrine, pouvant servir à l’avancée
sur le Chemin qui mène à l’Eveil, par opposition aux « mauvaises »
conversations, favorisant la polémique ou le doute, dues à la jalousie ou la
colère, inutiles, grossières ou frivoles… dont doit s’abstenir tout bon
disciple du Bouddha (ce thème sera développé dans l’Unité de Cours 4
:
"Les pratiques").
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Le sujet évoqué ici (les
"demeures anciennes") est celui des vies antérieures. Si le
Bouddha, au moment même de l’Eveil, détient seul le pouvoir de se rappeler
l’ensemble de ses vies antérieures, toute personne pratiquant la méditation
peut parvenir à se souvenir d’une partie d’entre elles ; ses capacités à
remonter dans le passé dépendent de la profondeur de sa pratique et des
dispositions qui lui sont propres. La renaissance et les vies antérieures font
ainsi partie des thèmes de l’Enseignement "vérifiables par
l’expérience".
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Le Bienheureux, qui se trouvait dans le domaine mental où il pouvait
entendre grâce à l’oreille surhumaine bien claire qui dépasse la capacité
humaine
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L’ouïe "divine" est l’un des huit
"pouvoirs surnaturels" (vijjâ) des samyaksam-buddha,
dont voici la liste, telle qu’elle est donnée dans la tradition pâlie :
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- divers pouvoirs psychiques : voler, marcher sur l’eau, se
rendre invisible…
- voir et entendre ce qui n’est pas perceptible à des personnes
ordinaires
- lire les pensées des autres
- se souvenir de ses vies antérieures
- voir où un être renaît en fonction de ses actes
- la connaissance profonde provenant de la méditation
- le pouvoir de créer un "corps illusoire"
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Certains
de ces "pouvoirs", notamment les pouvoirs psychiques ou les
capacités extraordinaires (claire-vision, claire-audience, lecture dans la
pensée d’autrui) peuvent être accessibles à tout homme qui pratique certaines
formes de méditation et atteint ainsi un "domaine mental" dans
lequel les sens échappent aux contraintes ordinaires. Ces pouvoirs, proches des
pratiques magiques, sont encore aujourd’hui considérés comme accessibles aux
yogis. Mais s’enorgueillir de tels pouvoirs et les utiliser pour impressionner
le public, notamment pour obtenir des faveurs, constitue pour les bhikkhus
une faute entraînant l’exclusion immédiate et définitive de la communauté. Si le Bouddha les utilisent,
c’est uniquement en faveur de l’enseignement de la Doctrine ou pour permettre à
un laïc d’opérer un don qui lui vaudra des "mérites" (cf. le texte
commenté du module 2)
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Cette première section de la récitation présente (sans épargner à
l’auditeur/lecteur aucune répétition !) les points communs aux six samyaksam-buddha
qui ont précédé le "Bienheureux" (bhagavat)
d’aujourd’hui : Siddhârta Gautama Sâkyamuni. Elle commence par la période
de naissance de chaque Bouddha, calculée en "ères cosmiques" (kalpa). Puis sont évoqués successivement :
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- leur caste de naissance, ksatriya ou brahmana, selon
les cas (c’est-à-dire les deux plus hautes "castes" de la société
brahmanique)
- leur nom de famille
- leur durée de vie, chaque Bouddha voyant cette durée diminuer (de
80.000 ans pour Vipassi à "très peu de temps, plus ou moins cent
ans" pour Sâkyamuni)
- le nom de l’arbre sous lequel chacun d’eux a connu l’Eveil
- le nom de leurs "deux heureux disciples principaux",
les plus remarquables et, le plus souvent, les deux premiers (pour le Bouddha
Sâkyamuni, ces deux disciples seront Sâripûtra et Maudgalyâyana qui,
bien qu’ils ne fassent pas partie du premier groupe de moines, seront parmi les
premiers à suivre le Maître)
- le nombre de leurs "assemblées d’auditeurs" ,
comptant de 248.000 disciples pour Vipassi à 20.000 pour Kassapa (le chiffre
n’est pas précisé pour Sâkyamuni…)
- le nom de leur "aide-assistant" (pour Sâkyamuni :
son cousin Ananda)
- le nom de leurs père et mère,
souverains du royaume où ils sont nés (et, quand il s’agit de Bouddhas nés dans
une famille de brahmanes, le nom du royaume et du souverain).
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Le résumé de cette longue énumération sera repris en ouverture de la
deuxième section, uniquement à propos du Bouddha Vipassi, auquel est consacré
le reste du texte.
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il est surprenant le pouvoir prodigieux du Tathâgata, à tel point qu’il
se rappelle les Bouddhas du passé qui ont atteint la cessation complète...
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Ce paragraphe énumère différentes expressions à peu près
équivalentes : la "cessation complète" (pari-nirvâna)
équivaut à l’arrêt définitif du cycle perpétuel des naissances et des morts (samsâra),
auquel les Bouddhas parviennent à leur mort physique ; c’est la Délivrance
suprême qui mène "au-delà de toutes les souffrances" caractérisant
le samsâra. Les "barrières" ou "éléments
retardateurs" qu’ils ont tranchés correspondent aux passions qui
maintiennent les ignorants prisonniers du samsâra (ces différents points
seront développés dans l’Unité de Cours 2 : "Les fondements de la
Doctrine").
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Qu’en pensez-vous, ô frères ?
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Se pose ici une question essentielle, celle de la connaissance du
Bouddha, "directe", par "propre expérience". Quelle que
soit leur confiance dans les "pouvoirs" de leur Maître, les bhikkhus
se demandent néanmoins si le Bouddha n’a pas été informé par les dieux (leur
longévité extrême leur permettrait en effet d’avoir eu connaissance de faits
aussi éloignés dans le passé, dont la plupart ont eu lieu au cours de cette ère
cosmique, à laquelle ils appartiennent eux aussi).
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Cette expression est
fréquemment employée pour désigner les srâvaka-buddha,
"auditeurs" étant parvenus à l’état d’arhat. Les "écoulements mentaux
toxiques" (âsavâ - le terme, dans son sens matériel, désigne le
flux d’un fleuve, ce qui entraîne ; il faut le comprendre ici comme
"ce qui entraîne dans le cycle des renaissances", le samsâra),
appelés aussi "souillures mentales", sont au nombre de quatre : le
désir des sens, le désir d’existence, les opinions et l’ignorance (ces
différents points seront développés dans l’Unité de Cours 2 : "Les
fondements de la Doctrine").
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le bodhisatta Vipassi, en quittant le groupe des dieux Tusita,
étant attentif et conscient, descendit dans l’utérus de sa mère
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Lorsqu’il produit la
"pensée d’Eveil" (bodhicitta), le bodhisattva est
assuré de parvenir à l’Eveil mais ne maîtrise pas pour autant la
"carrière" (gati) qui lui permettra d’y parvenir. Il ignore
notamment combien de vies successives lui seront nécessaires et il ne peut pas
influer sur leur cours : comme n’importe quel être ordinaire, le bodhisattva
renaît en fonction de ses actes, et c’est seulement la qualité de ceux-ci qui
lui permettra de bénéficier des "meilleures" renaissances. Ce n’est que plus tard au
(pendant la deuxième "période incalculable" ou encore après, selon
les écoles) qu’il devient "déterminé" et que le nombre, la durée et
la qualité de ses renaissances sont désormais fixées. Selon certains, il aurait
alors la possibilité de se rendre dans les enfers (C’est ce qu’affirment les
Mahâsâmghika : "Pendant la première
période incalculable, il fait le vœu de naître dans les mauvaises destinées
pour le salut des êtres ; mais ce vœu ne porte pas de fruit : le bodhisattva
naît d’après ses actes. Ensuite, il naît comme il veut.") ; pour d’autres, il en est
incapable, car ses mérites innombrables, accumulés au cours de ses précédentes
vies, ne peuvent le permettre. Les docteurs des écoles
anciennes montrent ici leurs hésitations quant à la "marge de manœuvre"
dont dispose le bodhisattva, les uns insistant sur sa prédestination,
les autres au contraire favorisant son libre-arbitre. Cela dit, toutes les écoles
sont d’accord pour reconnaître au bodhisattva la possibilité de choisir
les parents de sa dernière vie. C’est donc "attentif et conscient ",
et non en fonction de ses actes antérieurs, qu’il "descendit dans
l’utérus de sa mère".
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L’image de la lumière,
associée à l’apparition ou aux diverses manifestations du Bouddha, est
récurrente dans l’ensemble des textes bouddhistes. Il s’agit aussi bien d’une
lumière matérielle que spirituelle. La lumière matérielle
(évoquée ici) est l’une des caractéristiques du samyaksam-buddha,
parfois présentée comme un "éclat d’or émanant de tout son corps" ou
comme une "aura" aux lueurs d’arc-en-ciel. Cette aura, souvent
représentée dans la statuaire par une auréole englobant le corps entier ou le
buste (un mandorle), est fréquemment remplacée dans la statuaire moderne par
des néons de couleur ! Ses différentes couleurs sont reprises, symboliquement,
dans les cinq bandes du drapeau bouddhique, adopté à Ceylan à la fin du XIXe
siècle. La lumière spirituelle est,
bien évidemment, celle qui met fin à l’Ignorance. Elle est souvent évoquée à la
fin d’un discours du Bouddha, dans les sûtra, par une formule stéréotypée
("C’est merveilleux, Bienheureux, c’est merveilleux. Comme si l’on
apportait une lampe dans l’obscurité en pensant : "Que ceux qui ont des
yeux voient les formes", de même le Bienheureux a rendu claire la
Doctrine de maintes façons.") qui rappelle l’expression employée dans
notre texte : "Les êtres vivants qui sont nés dans ces lieux, se voyant l’un l’autre
grâce à cette splendeur, disent : "Vraiment, il en est donc d’autres qui
vivent ici !". "
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Ce
paragraphe, qui évoque les vertus de la mère du bodhisattva, représente
un anachronisme évident puisque y sont énumérés les "cinq
préceptes" qui constitueront la base éthique de toute pratique
bouddhiste, qui sera bien évidemment formalisée beaucoup plus tard. [Ces préceptes seront étudiés
dans l’Unité de Cours 4 : "Les pratiques"]
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C’est dans l’ordre des choses, ô bhikkhus, que lorsqu’un bodhisatta
est né, sa mère décède au septième jour et qu’elle renaisse alors dans l’état
céleste Tusita.
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Le décès de la mère du bodhisattva,
sept jours après la naissance, fait partie de ces points doctrinaux dont on
peut penser qu’ils ont une origine historique vraisemblable à propos de
Sâkyamuni, et qu’ils auraient ensuite été appliqués systématiquement et
rétrospectivement à ses prédécesseurs. De fait, l’ensemble des
textes anciens évoquent souvent sa "mère nourricière",
Mahâ-Prajapati (qui sera à l’origine de l’ordre des nonnes bouddhistes), mais
jamais sa mère biologique. Un tel événement n’a rien de très surprenant, la
mort des mères en couche ou quelques jours plus tard étant resté courante jusqu’au
XXe siècle. Cela dit, l’aspect doctrinal
de l’événement est accentué par le nom même attribuée à cette mère : Mâyâ. Ce
nom signifie en effet "Illusion", ce qui fait qu’Illusion disparaît
quand paraît le Bouddha... On ne saura sans doute jamais si c’est le nom qui a
été choisi rétrospectivement ou la mort qui a été prescrite a posteriori !
Quant à la période de
gestation, certains ont voulu lire ces dix mois comme étant lunaires et non pas
solaires, ce qui rendrait la période tout à fait normale (dix mois lunaires
équivalent à neuf mois solaires). Les autres femmes accoucheraient alors, selon
les cas, au terme ou de façon prématurée, ce qui - là encore - n’a rien de
surprenant. L’important est que le bodhisattva, lui, naisse dans les
meilleures conditions possibles, c’est à dire à terme (il faut noter qu’ici,
pour une fois, le texte n’exagère pas ce qui concerne le bodhisattva
mais ne fait que lui appliquer la "meilleure" norme).
Enfin, la pose debout de
l’accouchée a laissé perplexes de nombreux commentateurs. Pour André Bareau,
elle évoque celle que les sculpteurs hindous prêtent fréquemment aux dryades,
génies féminins habitant les bosquets ou les rivières, qui pouvaient être
invoquées notamment pour obtenir un enfant ou une naissance heureuse. En étudiant les différentes
versions du récit de la "naissance de Sâkyamuni", André Bareau a
constaté que sa localisation au "jardin de Lumbini" était
relativement tardive, les textes les plus anciens laissant croire qu’elle avait
pu avoir lieu, tout simplement, à Kapilavastu. Il soupçonne un amalgame avec un
culte, rendu à une dryade propice à la fécondité, situé dans le bosquet (et non
pas le "jardin") de Lumbini. Les guides qui faisaient visiter les
lieux - dont on connaît la responsabilité vis-à-vis de nombreux
embellissements, voire d’épisodes entiers de la vie du Bouddha - auraient
associé la sculpture de cette nymphe à la représentation de la mère du bodhisattva,
interprétant sa pose comme une caractéristique propre aux seules "mères
de Bouddha".
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Lorsque le bodhisatta sort de l’utérus de sa mère, il sort sans
être souillé
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Dès qu’il est né, le bodhisatta reste debout sur ses pieds
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Cette donnée traditionnelle
des biographies du Bouddha est plutôt troublante dans un texte de tradition
pâli. En effet, celle-ci insiste habituellement davantage sur le parcours
"humain" et "prédestiné" du bodhisattva, même si
celui-ci manifeste des capacités hors du commun (comme l’illustre la suite du
texte). C’est le seul exemple du Mahâ’padâna-sutta (hormis le choix de
sa famille de naissance… mais qui a lieu alors qu’il se trouve encore au ciel
des Tusita) où le bodhisattva manifeste sa prescience de sa future
condition de Bouddha. Une connaissance qu’il oubliera d’ailleurs aussitôt
puisqu’il poursuivra par la suite son cheminement en commettant toutes les
"erreurs" communes aux maîtres de maison. Cette déclaration solennelle reprend les thèmes habituels de la
supériorité "sans supérieur" du Tathâgata
(le chef, l’aîné, le premier).
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Il a donc deux destinées, et il n’en est pas d’autres
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Sur la notion de çakravartin, voir le module 2 de ce cours,
chapitre 2.1 "Le Grand Homme".
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Nous retrouvons ici l’image
traditionnelle de la lumière et de la clairvoyance du Bouddha, exprimée à la
fois dans sa dimension physique et psychologique : l’œil divin qui se
manifeste par l’absence physique de clignements des paupières et la capacité de
voir au-delà des distances habituelles ; l’aptitude à rendre un jugement
"selon la loi des sens", c’est-à-dire correct, mais selon la vision
ordinaire. En effet le bodhisattva,
n’ayant pas atteint l’Eveil, n’a pas encore accès à la Loi supérieure, celle du
Dharma. L’œil divin, résultat des mérites accumulés au cours des vies
antérieures par la pratique des pâramitâ, ne se manifeste donc pour
l’instant que dans le domaine humain, mondain, et non pas supra-mondain. Il en
va de même de sa capacité à juger les hommes.
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après de longues années, après des centaines de longues années
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Ensuite, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ organisa davantage les cinq
plaisirs sensuels
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Exemple type de "prédestination" du bodhisattva.
Quoiqu’on fasse, ce ne sont pas les prédictions, bien sûr, qui doivent se
réaliser, mais l’engagement, le voeu du bodhisattva. Ni le roi ni le
prince n’y peuvent rien et, bien que celui-ci soit plongé "jusqu’au
cou" dans les plaisirs sensuels, les quatre rencontres le mèneront malgré
tout jusqu’à l’Eveil.
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Quant au prince Vipassi, ayant rasé ses cheveux et sa barbe
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Remarquable simplicité, pour
cet épisode capital, d’où toute dramatisation a été évacuée ! A
comparer avec la narration que le Bouddha fait de son propre départ, tel qu’il
est présenté dans le Mahâsaccaka-sutta [voir texte complémentaire] : "Avant mon éveil, quand
j’étais encore un bodhisatta, la pensée suivante m’est venue : "La
vie de ménage est serrée, comme une voie poussiéreuse. La vie de moine est
libre comme l’air. Il n’est pas facile, vivant à la maison, de mener la vie
totalement parfaite et totalement pure comme un coquillage poli. Que se
passerait-il, si je rasais mes cheveux et ma barbe et revêtais la robe ocre et
que je renonçais à la vie domestique et devenais quelqu’un sans demeure
?" Ainsi plus tard, quand j’étais encore jeune, les cheveux noirs, doté
des bénédictions de la jeunesse, à la première étape de la vie, ayant rasé mes
cheveux et ma barbe - bien que mes parents le souhaitaient autrement et
s’affligeaient avec des larmes sur leur visage - j’ai pris la robe ocre et j’ai
renoncé à la vie domestique pour devenir quelqu’un sans demeure. " Dans
ces deux versions, sans doute très anciennes, le réalisme prime sur le
symbolique. A
noter que le Bouddha évoque "ses parents". Il s’agit a priori
de son père et de sa mère "nourricière", seconde épouse de son
père… ou alors la mort de la reine Mâyâ n’est-elle qu’un rajout symbolique
(l’Illusion, "Mayâ", qui disparaît à l’apparition de l’Eveil). Cet épisode du "Grand
Départ" sera évoqué à nouveau dans le module 2, chapitre I.1 "Un
homme (presque) comme les autres".
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