Unité de cours 1  :  Le Bouddha Sâkyamuni

 

 

  sommaire  -  pré-requis  -  introduction  - guide de lecture  -  synthèse  -  guide de révision  -  bibliographie


 Module 1  - Texte commenté


  1) présentation
 
 2) texte
  3) commentaires


 



 Mahâ'padâna-sutta : Un grand récit légendaire

    Le Mahâ'padâna-sutta ou "Grand récit légendaire" fait partie du premier recueil du canon pâli, le Digha Nikaya ou "Recueil des Grands [discours]". Il en ouvre la deuxième section et porte le numéro 14 sur l'ensemble de l'ouvrage. C'est la première fois, dans le canon pâli, que sont évoqués les Bouddhas du passé et la carrière du bodhisattva.

 

 

    Ce "long discours" (une trentaine de pages en tout) suit les règles stylistiques habituelles aux textes du canon pâli. Les formules stéréotypées y sont très nombreuses et certains paragraphes sont répétés in extenso, chaque fois qu'un personnage rapporte un événement, une conversation ou une réflexion qui a déjà eu lieu. Ce procédé, fastidieux pour un lecteur moderne, est un héritage de l'origine orale de la transmission de tels textes.

 

 

    Afin de vous en faciliter la lecture, nous avons amplement remanié ce texte et réduit au minimum ces répétitions (les plus importantes suppressions sont indiquées par le symbole [...]).

 

 

    Nous sommes resté malgré tout au plus près du style original afin de vous permettre d'avoir une idée précise de cette littérature qui, encore aujourd'hui, est apprise intégralement par cœur par les bhikkhus (moines) et régulièrement récitée sous cette forme.

 

 

    Nous n'avons cependant conservé de ce texte que les parties qui concernent directement la vie du bodhisattva jusqu'à l’Eveil, ainsi que la conclusion dans laquelle Sâkyamuni explique comment les dieux l’ont informé. Nous avons supprimé l’intégralité de la section présentant les points communs aux sept Tathâgata qui ont précédé Sâkyamuni (elle est résumée au début de la deuxième section du texte), plusieurs parties de la section consacrée à la naissance du bodhisattva, l'intégralité de la section consacrée à l'Eveil [qui présente l'exposé de la "co-production conditionnée", qui sera étudiée dans la deuxième Unité de Cours], ainsi que toute la dernière partie du texte qui raconte la "conversion" de milliers de disciples, leur envoi en mission puis leur première réunion plénière pour la récitation du "code de discipline".

 

 

    Nous avons conservé l'orthographe pâli pour les principaux termes, utilisés dans le cours sous leur forme sanskrite. Lors de leur première apparition, le terme pâli est suivi, entre crochets, de son orthographe en sanskrit.

 

 

    Chaque extrait commenté est indiqué au fil du texte, dans la marge de droite, par le symbole présenté ci-contre. Lorsque le commentaire concerne plus particulièrement un mot ou une expression précise, ceux-ci sont indiqués en rouge.

 

    Etant donné la longueur de ce texte, nous ne commenterons que les points les plus importants concernant le style et quelques-uns des principaux épisodes de la vie du Bienheureux.

 

 



 


 
Mahâ'padâna-sutta 

Introduction à la première section
 

 

 

    Ainsi ai-je entendu :

 

    Une fois le Bienheureux demeurait au parc d’Anâthapindika, situé dans le bois de Jeta, près de la ville de Sâvatthi. En ce temps-là, un jour, les bhikkhus [en sanskrit : bhiksu], après être rentrés de leur tournée d’aumône, après avoir terminé leur repas, s’étaient réunis assis dans la rotonde appelée Kareri. Une bonne conversation, concernant les demeures anciennes, s’engagea alors entre eux : « Ainsi il y avait une demeure du passé et encore ainsi il y avait une demeure du passé… ».

 


 

    Le Bienheureux, qui se trouvait dans le domaine mental où il pouvait entendre grâce à l’oreille surhumaine bien claire qui dépasse la capacité humaine, entendit la conversation de ces bhikkhus. Alors il se leva de son siège, s’approcha de l’endroit où se trouvait la rotonde Kareri et s’assit sur le siège préparé à son intention. S’étant assis, il s’adressa aux bhikkhus : « Quelle est la conversation, ô bhikkhus, qui vous tient maintenant assis dans ce lieu ? A quel point votre conversation vient-elle de s’interrompre [à cause de mon arrivée] ? »

 

    Etant questionnés ainsi, les bhikkhus répondirent […].
    Le Bienheureux demanda : « Voulez-vous, ô bhikkhus, écouter un bon propos concernant les demeures anciennes ? »
    Les bhikkhus répondirent : « C’est le moment, Bienheureux. C’est le moment, Bienvenu. Si le Bienheureux donne un bon discours sur les demeures anciennes, les bhikkhus, ayant écouté la parole du Bienheureux, la garderont dans leur mémoire. »
    Le Bienheureux dit : « Alors, ô bhikkhus, réfléchissez bien et soyez attentifs. Je vais vous parler ».
    « Très bien. Bienheureux », répondirent les bhikkhus.

 

 

 

 

Première section
Les sept Tathâgata
 

 

 

    Le Bienheureux dit :
    « O bhikkhus, le bienheureux Vipassi, arahant, sammasam-buddha [en sanskrit : samyaksam-buddha], est né dans le monde il y a déjà quatre-vingt-onze ères cosmiques. Le bienheureux Sikhi, il y a déjà trente et une ères cosmiques. Le bienheureux Vessabhu, pendant la même trente et unième ère cosmique, tout comme le bienheureux Kakusanda, le bienheureux Konagamana et le bienheureux Kassapa. Et c’est dans cette même heureuse ère cosmique que moi, l’arahant, sammasam-buddha d’aujourd’hui, je suis né dans le monde.

 

    […]

 

 

    Ainsi parla le Bienheureux. Après avoir dit cela, s’étant levé de son siège, le Bienheureux rentra dans sa demeure.

 

 

 

 

Introduction à la deuxième section
 

 

 

    Peu après le départ du Bienheureux, parmi les bhikkhus s’engagea la conversation suivante :
    « O frères, il est merveilleux, ô frères, il est surprenant le pouvoir prodigieux du Tathâgata, la majesté du Tathâgata, à tel point qu’il se rappelle les Bouddhas du passé qui ont atteint la cessation complète, qui ont tranché les éléments retardateurs, qui ont détruit les barrières, qui ont totalement arrêté le cycle [du samsâra], qui sont allés au-delà de toutes les souffrances, et qu’il se rappelle leur naissance, leurs noms, leur famille, la durée de leur vie, leurs deux disciples principaux, les assemblées de leurs auditeurs […].

 

    Qu’en pensez-vous, ô frères ? Le Tathâgata a-t-il pénétré lui-même ce domaine de la nature […] ou bien les dieux [deva] l’ont-ils informé […] ? »
    Telle était la conversation qui se déroulait parmi les bhikkhus. 

 

    A ce moment-là, le Bienheureux, s’étant levé après son repos de 1’après-midi, s’approcha de la rotonde Kareri. Il s’assit sur le siège préparé à son intention et s’adressa aux bhikkhus :
    « Quelle est la conversation qui vous tient maintenant assis en ce lieu ? A quel point votre conversation vient-elle de s’interrompre ? »

 

 

    Ils répondirent au Bienheureux. […]

 

 

    [Le Bienheureux dit : ] « O bhikkhus, le Tathâgata a bien pénétré dans le domaine de la nature [des choses] et c’est à la suite de cette pénétration dans le domaine de la nature des choses que le Tathâgata se rappelle les Bouddha du passé […]. Les dieux aussi m’ont informé à leur propos. […] Voulez-vous, ô bhikkhus, écouter encore un autre bon propos concernant les demeures anciennes ? »

 

    Les bhikkhus répondirent : « Ceci est le temps, Bienheureux. Ceci est le temps, Bienvenu. »
    Le Bienheureux dit : « Alors, ô bhikkhus, réfléchissez bien et soyez bien attentifs. Je vais vous parler ».
    «  Très bien, Bienheureux », répondirent les bhikkhus.

 

 

 

 

Deuxième section
La carrière de bodhisattva du Bienheureux Vipassi
 

 

 

    La naissance
     

 

 

    Le Bienheureux dit :
    « O bhikkhus, le Bienheureux Vipassi, arahant, sammasam-buddha, est né dans le monde il y a déjà quatre-vingt onze ères cosmiques. Il était par naissance khattiya [en sanskrit : ksatriya] puisqu’il était né dans une maison khattiya. Il appartenait à la famille Kondanna. Sa durée de vie fut de quatre-vingt mille ans. Il atteignit l’Eveil au pied d’un arbre "pâtali". Il avait deux disciples, en tant que deux heureux disciples principaux, nommés Khanda et Tissa. Il avait trois assemblées d’auditeurs. Une première assemblée d’auditeurs fut de soixante-huit mille, une autre de cent mille et une autre encore de quatre-vingt mille ; [et tous ces disciples] étaient de ceux qui ont éliminé les écoulements mentaux toxiques. Le Bienheureux Vipassi avait un bhikkhu nommé Asôka comme aide-assistant. Son père était un roi nommé Bandhumâ, et sa mère était la reine Bandhumatî. Le royaume du roi Badhumâ était connu sous le nom de Bandhumatî. C’est dans l’ordre des choses.
     

 

    [« L’ordre des choses » lors de la naissance d’un bodhisatta]

 

 

    En effet, ô bhikkhus, le bodhisatta [en sanskrit : bodhisattva] Vipassi, en quittant le groupe des dieux Tusita, étant attentif et conscient, descendit dans l’utérus de sa mère. C’est la nature des choses. C’est dans l’ordre des choses.

 

    C’est dans l’ordre des choses, ô bhikkhus, que lorsqu’un bodhisatta entre dans l’utérus de sa mère, à ce moment-là, dans cet univers parmi les Mâras, les Brâhmas, les religieux [sramana] et les brâhmanes, les dieux et les humains, se produise une grande lumière incommensurable qui dépasse la majesté [lumineuse] des dieux. Même les lieux extrêmement obscurs, comme le bout de l’univers où des puissants tels que la lune et le soleil ne sont pas capables de faire pénétrer leur lumière, sont illuminés par cette splendeur majestueuse sans limite qui dépasse la grande majesté [lumineuse] des dieux. Les êtres vivants qui sont nés dans ces lieux, se voyant l’un l’autre grâce à cette splendeur, disent : « Vraiment, il en est donc d’autres qui vivent ici !». Les dix mille systèmes planétaires sont ébranlés et tremblent violemment. Dans un tel cas, c’est la nature des choses.

 

    Les quatre princes des dieux se présentent alors pour effectuer la protection des quatre directions en disant : « Qu’aucun être humain ou non humain ne fasse le moindre mal au bodhisatta ou à sa mère ». Celle-ci est naturellement une personne vertueuse : elle s’abstient de tuer les êtres vivants, de prendre ce qui ne lui est pas donné, de relations sexuelles illicites, de proférer des mensonges, de prendre des boissons enivrantes qui causent l’égarement et l’inattention. Elle n’a aucun désir d’avoir du plaisir sensuel avec un homme et aucun homme n’est capable de la convaincre d’avoir une relation de type sexuel. Elle reçoit les plaisirs des cinq sens, elle est comblée, entourée du plaisir des cinq sens. Elle n’est dérangée par aucune maladie, elle est dans le bonheur et son corps ne ressent aucune fatigue. […]

 

    C’est dans l’ordre des choses, ô bhikkhus, que lorsqu’un bodhisatta est né, sa mère décède au septième jour et qu’elle renaisse alors dans l’état céleste Tusita. Elle accouche après l’avoir gardé pendant dix mois complets dans son utérus, tandis que les autres femmes accouchent après avoir gardé leur enfant pendant neuf ou dix mois. Elle accouche tout en étant en posture debout, tandis que les autres femmes accouchent en posture assise ou allongée. La mère du bodhisatta n’accouche pas comme les autres femmes. Lorsque le bodhisatta est né, il est accueilli d’abord par les dieux et ensuite par les humains. Il n’est pas mis par terre. Il est accueilli par les quatre princes divins. Ceux-ci présentent l’enfant à sa mère en disant : « O dame divine, soyez contente. Pour vous un très puissant enfant est né ».

 

    Lorsque le bodhisatta sort de l’utérus de sa mère, il sort sans être souillé ou touché par les éléments liquides, le mucus, le sang ou un quelconque élément impur, il sort de l’utérus de la mère pur et sans tache. C’est tout comme, ô bhikkhus, une pierre précieuse placée dans un tissu de Kâsi, qui n’est pas souillé par ce tissu et que le tissu ne souille pas. Pourquoi ? Parce que ces deux éléments sont également purs.

 

    C’est dans l’ordre des choses, ô bhikkhus, que lorsque le bodhisatta sort de l’utérus de sa mère, viennent d’en haut deux sources d’eau, l’une froide et l’autre chaude, lesquelles subviennent aux besoins en eau du bodhisatta et de sa mère. Dès qu’il est né, le bodhisatta reste debout sur ses pieds et des dais blancs sont placés au-dessus de lui. Il marche sept pas vers l’est et regarde dans toutes les directions, puis il dit cette parole sublime : « Dans le monde, je suis le chef ; pour le monde, je suis l’aîné ; pour le monde, je suis le premier ». A ce moment-là, dans cet univers […] se produit une grande lumière incommensurable qui dépasse la majesté [lumineuse] des dieux. […]
     

 

    [Les marques du Grand Homme]

 

 

    Lorsque, ô bhikkhus, le prince Vipassi est né, le roi Bandhumâ a été informé par ces paroles : « Sire, pour vous un fils est né. Que le prince divin voit l’enfant ». Le roi Bandhumâ vit l’enfant puis s’adressa aux brahmanes devins : « Que les brahmanes devins regardent l’enfant ». Les brahmanes devins ont regardé l’enfant et, l’ayant vu, il dirent au roi Bandhumâ : « Sire, soyez content, pour vous un fils très puissant est né. Avoir un tel fils dans votre famille est un gain, un grand gain pour vous. Cet enfant, Sire, est pourvu des trente-deux marques corporelles d’un Grand Homme [mahâ-purusa] . Il a donc deux destinées, et il n’en est pas d’autres : s’il mène une vie de foyer, il devient un roi universel qui met en marche la roue de la droiture, un roi de la droiture, fidèle à la droiture, dominant les quatre bords de la terre, dont le territoire a été pacifié et qui possède les sept joyaux. Voici les sept joyaux qu’il possède : la roue, l’éléphant, le cheval, la pierre précieuse, la femme, le maître de maison, le fils aîné. Il a plus de mille fils braves qui ont des corps de héros, qui sont capables de détruire les armées ennemies. Il gouverne, l’ayant conquise, cette terre bornée par l’océan, sans le bâton ni l’arme, par la seule droiture. Mais s’il quitte le foyer, passant de la maison à l’état sans foyer, il devient un arahant, un sammasam-buddha, qui a écarté le voile [de l’ignorance] de ce monde.

 

    [Cela étant dit], ô bhikkhus, le roi Bandhumâ offrit aux brahmanes devins de nouveaux vêtements et il les rassasia avec toutes les choses dont ils avaient besoin.
     

 

 

    [Les qualités du prince]

 

 

    Ensuite, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ employa de nombreuses domestiques pour s’occuper du prince Vipassi. Certaines parmi elles l’allaitaient, d’autres le lavaient, le gardaient ou le portaient dans leurs bras. Dès sa naissance, un baldaquin blanc fut placé au-dessus du prince Vipassi, de jour comme de nuit, et l’on souhaitait : « Que le prince ne soit pas gêné par le froid, la chaleur, les pailles, les poussières ou l’humidité ». Il sembla aimable et plaisant à beaucoup de monde. Tout comme, ô bhikkhus, un lotus bleu, ou rouge, ou blanc semble agréable et plaisant à beaucoup de monde […]. Aussi passait-il continuellement des bras des uns aux bras des autres.

 

 

    Dès sa naissance, le prince Vipassi eut une voix sublime, agréable, douce et plaisante. Tout comme, ô bhikkhus, la voix du coucou dans la montagne d’Himalaya.

 

 

    Dès sa naissance, chez lui se produisit l’œil divin comme résultat de ses actions méritoires passées. Ainsi il voyait jour et nuit, jusqu’à une distance d’une lieue.

 

 

    Dès sa naissance, il regardait autour de lui sans clignements, tout comme les dieux de Tâvatimsa. Alors les gens dirent : « Ce prince regarde sans clignements » et ainsi le prince était connu [sous le nom de] Vipassi [« Celui qui regarde bien »]. En ce temps-là, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ se tenait dans la salle de jugement ; tout en gardant le prince Vipassi assis sur ses genoux, il rendait la justice. Le prince Vipassi, sur les genoux de son père, rendait compte selon la loi des sens de tel et tel jugement. Alors les gens dirent : « Ce prince rend compte selon la loi des sens de tel et tel jugement » et ainsi le prince était connu sous le nom de Vipassi.

 

    Alors, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ fit construire trois palais à l’intention du prince : un pour l’automne, un pour l’hiver et l’autre pour l’été. Il organisa pour le prince les objets des cinq plaisirs sensuels. Pendant la saison des pluies, le prince Vipassi demeurait dans le palais d’automne où il n’y avait aucun serviteur masculin, entouré uniquement de femmes jouant des instruments de musique, sans jamais descendre au rez-de-chaussée.

 

 

 

 

    Les Quatre Rencontres et le Grand Départ

 

 

    O bhikkhus, après de longues années, après des centaines de longues années, après des milliers de longues années, un jour, le prince Vipassi s’adressa à son cocher : « Cher cocher, apprêtez des chars bien beaux, bien propres. Allons au jardin pour voir ce terrain plaisant ». « Bien, Seigneur » dit le cocher. […]

 

    Etant en chemin vers le jardin, le prince Vipassi vit un vieillard courbé comme un pignon (de toit), qui marchait en tremblant avec l’aide d’un bâton, malade et ayant dépassé le jeune âge. L’ayant vu, le prince s’adressa au cocher : « Cet homme, ô cher cocher, qu’a-t-il fait ? Ses cheveux ne sont pas comme ceux des autres. Son corps n’est pas comme celui des autres.
    - Il est, Seigneur, « celui qui est arrivé à la vieillesse ».
    - O cher cocher, que veut dire « celui qui est arrivé à la vieillesse » ?
    - Seigneur, il a peu de temps à vivre. C’est pourquoi il s’appelle « celui qui est arrivé à la vieillesse ».
    - O cher cocher, suis-je moi aussi assujetti à cette nature de vieillesse ? Suis-je incapable d’éviter cette vieillesse ?
    - Seigneur, nous tous sommes assujettis à cette nature de vieillesse. Nous tous sommes incapables d’éviter cette vieillesse.
    - Alors, ô cher cocher, aujourd’hui le jardin est inutile. D’ici, reconduisez les voitures vers la cité intérieure.
    - Très bien seigneur », répondit le cocher. Puis il le reconduisit vers la cité intérieure.  

 

 

    De retour au palais, ô bhikkhus, le prince [seul], chagriné, affligé, se lamentait en disant : « Honte à ce phénomène dit naissance, si se manifeste une vieillesse pour celui qui est né ».

 

 

    O bhikkhus, le roi Bandhumâ s’adressa au cocher : « Cher cocher, est-ce que le prince a aimé le jardin ? Le prince a-t-il été content du jardin ?
    - Non, sire, le prince n’a pas aimé le jardin. Le prince n’a pas été content du jardin.
    - Cher cocher, qu’a-t-il vu pendant  le trajet vers le jardin ?
    - Sire, étant en chemin vers le jardin, le prince a vu un vieillard courbé comme un pignon […]. Depuis son retour au palais, le prince chagriné, affligé, se lamente en disant : « Honte à ce phénomène dit naissance, si se manifeste une vieillesse pour celui qui est né ». »
    Alors, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ se dit : « Que le prince Vipassi ne reste pas sans régner ! Que le prince Vipassi ne quitte pas la maison pour mener une vie sans maison ! Que la parole des brahmanes devins ne se réalise pas ! »

 

 

    Ensuite, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ organisa davantage les cinq plaisirs sensuels pour le prince Vipassi afin qu’il reste pour régner, qu’il ne quitte pas la maison pour mener une vie sans foyer et que les paroles des brahmanes devins ne se réalisent pas. Dès lors, ô bhikkhus, le prince Vipassi était entouré et possédé par les cinq plaisirs, au milieu des plaisirs sensuels.
     

 

    [le même épisode se reproduit avec un malade et un mort qu’on mène au bûcher funéraire, puis avec un renonçant [sramana] : ]

 

 

    Le prince Vipassi s’adressa au renonçant et lui demanda : « Ami, qu’avez-vous fait ? Votre tête n’est pas comme celle des autres ? Vos vêtements ne sont pas comme ceux des autres ?
    - Je m’appelle « celui qui a renoncé »
    - Pour quelle raison êtes-vous appelé « celui qui a renoncé » ?
    - Je suis celui qui a renoncé. J’ai renoncé [à la vie de maison] en me disant : « Il est bon de se conduire selon la droiture, il est bon de se conduire selon l’équanimité, il est bon de se conduire pour effectuer des choses efficaces, il est bon de se conduire pour effectuer des actions méritoires, il est bon de se conduire selon la non-violence, elle est bonne la compassion à l’égard des êtres vivants ». […]

 

 

    Ensuite, ô bhikkhus, Le prince Vipassi s’adressa au cocher : « Alors, cher cocher, en prenant les chars, d’ici, retournez à la cité intérieure. Quant à moi, en me rasant la barbe et les cheveux, et en revêtant le vêtement kâsâya [vêtement de couleur ocre que revêtent les ascètes] je quitterai la vie de maison pour entrer dans la vie sans foyer ».

 

 

    « Très bien, Seigneur » répondit le cocher. Puis il conduisit les chars vers la cité intérieure. Quant au prince Vipassi, ayant rasé ses cheveux et sa barbe, ayant revêtu des vêtements kâsâya et renonçant à la vie de maison, il parvint à l’état sans foyer.

 

    O bhikkhus, le grand peuple du royaume de Bandhumatî – quatre mille personnes - entendit dire que le prince Vipassi […] était parvenu à l’état sans foyer. L’ayant entendu, ils se dirent : « Sûrement, si le prince Vipassi […] est parvenu à 1’état sans foyer, selon une doctrine et une discipline, ce ne doivent pas être une doctrine ordinaire ni une discipline ordinaire, ce ne peut pas être un renoncement ordinaire. […] Que dire donc de nous ? ». Alors le grand peuple du royaume de Bandhumatî […] renonçant à la vie de maison gagna l’état sans foyer auprès du bodhisatta Vipassi. Le bodhisatta Vipassi, ô bhikkhus, entouré de ce grand groupe, sillonna alors le royaume en passant par les villages et les bourgades.

 

 

    [En ce temps-là, un jour] chez le bodhisatta Vipassi qui était dans la solitude se produisit cette réflexion : « Le fait que je reste entouré de la foule, n’est pas convenable pour moi. Il faut que je demeure séparé de la foule ». Plus tard, ô bhikkhus, le bodhisatta Vipassi demeura tout seul. Les renonçants, au nombre de quatre-vingt mille, allèrent dans une direction. Le bodhisatta Vipassi alla dans une autre direction.
     

 

 

    […]

 

 

     

 

 

Conclusion du récit
 

 

 

    O bhikkhus, une fois je demeurais au pied d’un grand arbre "sala" du bois Subha, auprès d’Ukkattha. En ce temps-là, un jour, alors que j’étais dans le repos solitaire [de l’après-midi] me vint cette réflexion : « Pendant ces longues périodes, il n’y a nulle demeure [des Brahmâs] dans laquelle je ne me suis pas rendu, sauf celle des dieux de Suddhâvâsa. Il serait bon que je m’y rende. » Alors, tout comme un homme fort étend son bras plié ou plie son bras étendu, je me suis dispersé du pied de l’arbre "sala", près d’Ukkattha, et me suis présenté au sein de la troupe des dieux de Suddhâvâsa.

 

 

    Là-bas, des milliers de divinités appartenant à divers groupes de dieux s’approchèrent de moi, me rendirent hommage, puis restèrent debout à l’écart sur un côté. Ces divinités me dirent : « O Seigneur heureux, il y a quatre-vint onze ères cosmiques déjà, le Bienheureux Vipassi, Arahant, Eveillé parfait, est apparu dans le monde. […] Voici comment le Bienheureux Vipassi, Arahant, Eveillé parfait, a renoncé à son foyer ; comment il est entré dans la vie sans maison ; comment il a mené ses efforts énergiques et atteint l’Eveil parfait ; voici comment il a mis en marche la Roue de la Doctrine. O Seigneur bienheureux, nous-mêmes, nous avons suivi la conduite sublime sous la direction du Bienheureux Vipassi : nous avons éliminé le désir pour les plaisirs sensuels et, par conséquent, nous sommes nés ici.

 

 

    Ensuite, ô bhikkhus, divers milliers de dieux, diverses centaines de milliers de dieux appartenant à la même catégorie, m’approchèrent. […] Ils me dirent: « O Seigneur bienheureux, c’est maintenant, dans cette ère cosmique propice, que vous, le Bienheureux, l’Eveillé parfait, l’Arahant, êtes né. O Seigneur bienheureux, par naissance le Bienheureux est un khattiya, né dans la caste khattiya.[…] Nous, ô Seigneur bienheureux, en suivant la Conduite sublime sous votre direction, après avoir éliminé le désir pour les plaisirs sensuels, nous sommes nés ici.

 

 

    [Puis le Bouddha Sâkyamuni entend le même récit et reçoit le même hommage de diverses autres catégories de dieux]

 

 

    De cette façon, ô bhikkhus, le Tathâgata a compris l’élément de la nature des choses et par conséquent, le Tathâgata se rappelle tels Eveillés d’autrefois qui ont atteint le parinibbâna [en sanskrit : parinirvâna] qui ont éliminé les entraves, qui ont détruit les barrières, qui ont mis fin au cycle des existences, qui ont échappé à dukkha de diverses manières, et il se rappelle leur naissance, leurs noms, leurs familles, la durée de leur vie, leurs deux disciples principaux et les assemblées de leurs disciples, en disant : « Tel ou tel Bienheureux avait tel nom, telle famille, telle discipline, telle doctrine, telle sagesse, telle demeure habituelle, telle libération ».

 

 

    Ainsi parla le Bienheureux. Les bhikkhus, heureux, se réjouirent des paroles du Bienheureux.

 

 



 


 
Commentaires

    Ainsi ai-je entendu

 

 

    Tous les sûtra, censés conserver la parole du Bouddha même, commencent par la formule consacrée "Ainsi ai-je entendu". La tradition veut que, quelques semaines après le décès du Bouddha, un concile ait été réuni dans la ville de Râjagriha.
    Ananda, son cousin et son assistant durant toute sa vie de prédication, y aurait été invité à réciter, de mémoire, tous les enseignements du Maître auxquels il avait assisté.
    Mais cette formule apparaît aussi en ouverture de sûtra reproduisant des enseignements donnés (le plus souvent en présence du Bouddha mais aussi après sa mort) par d’autres personnes, essentiellement ses principaux disciples comme Ananda lui-même, Maudgalyâyana ou Sâripûtra. Ces deux derniers, devenus moines peu de temps après l’Eveil du Bouddha, étaient considérés comme les deux meilleurs enseignants après le Maître lui-même. Ils décèderont peu de temps avant le Bouddha et c’est un autre grand disciple, Mahâ-Kâsyapa, qui convoquera le premier concile et assurera la direction de la communauté.

    La formule, devenue un stéréotype, doit plutôt être considérée comme une preuve d’orthodoxie, les compilateurs reconnaissant à travers elle que le discours qui suit est fidèle aux enseignements du Bouddha.
     

 

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    Une fois le Bienheureux demeurait au parc d’Anâthapindika, situé dans le bois de Jeta, près de la ville de Sâvatthi…

 

 

    Autre stéréotype, l’indication du lieu de l’enseignement et, parfois, d’une date approximative ("pendant la retraite de saison des pluies"). Certains chercheurs ont voulu s’appuyer sur ces indications temporelles pour tenter de reconstituer une chronologie des déplacements du Bouddha. Une telle recherche apparaît assez vaine, tant ces indications sont imprécises et paraissent le plus souvent formelles. En revanche les indications de lieu nous renseignent sur les principales implantations de la jeune Communauté bouddhiste, le plus souvent des parcs et des jardins, dont la tradition rapporte qu’ils ont été offerts par de riches donateurs.
    Le parc de Jetavana, dont il est ici question, est le plus célèbre d’entre eux et aurait été le lieu de résidence préféré du Bouddha. Il a été offert par le marchand Anâthapindika, qui l’aurait lui-même acheté au prince Jeta. Le prince n’y aurait consenti qu’à la condition que le marchand en recouvre la superficie totale de pièces d’or. Ce qu’il aurait fait !…
    Il est bien sûr tout à fait impossible de savoir si ces donations ont été effectuées du temps du Bouddha lui-même bien que, dans bien des cas, la chose paraisse vraisemblable. L’exagération qui entoure ces donations et la qualité diverses des donateurs (rois, marchands, banquiers, courtisanes…) peut être lue aussi comme un outil de "promotion" pour la communauté : celle-ci rappelant ainsi  "innocemment" à ses auditeurs combien les grands de ce monde avaient été généreux avec le Bouddha et combien il serait bon que leurs successeurs continuent à faire de même !
     

 

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    En ce temps-là, un jour, les bhikkhus, après être rentrés de leur tournée d’aumône, s’étaient réunis assis dans la rotonde appelée Kareri.

 

 

    L’introduction se poursuit (ici avec une indication de temps on ne peut plus approximative) en précisant les circonstances dans lesquelles l’enseignement a été donné. Le plus fréquemment, il s’agit d’une courte anecdote présentant un point de discorde ou d’interrogation au sein de la communauté des moines ou bhikkhus. D’autres fois, il s’agit de laïcs (le plus souvent de hauts personnages) ou de représentants d’autres traditions spirituelles qui veulent interroger le Bouddha - parfois pour le prendre en faute, parfois au contraire pour dissiper des doutes nés de leur propre pratique. Ou enfin, mais plus rarement, c’est le Bouddha lui-même qui décide de développer un point précis de sa Doctrine.
     

 

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    Une bonne conversation

 

 

    La "bonne" conversation désigne une discussion sur un point essentiel de la Doctrine, pouvant servir à l’avancée sur le Chemin qui mène à l’Eveil, par opposition aux « mauvaises » conversations, favorisant la polémique ou le doute, dues à la jalousie ou la colère, inutiles, grossières ou frivoles… dont doit s’abstenir tout bon disciple du Bouddha (ce thème sera développé dans l’Unité de Cours 4 : "Les pratiques").
     

 

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    concernant les demeures anciennes

 

 

    Le sujet évoqué ici (les "demeures anciennes") est celui des vies antérieures. Si le Bouddha, au moment même de l’Eveil, détient seul le pouvoir de se rappeler l’ensemble de ses vies antérieures, toute personne pratiquant la méditation peut parvenir à se souvenir d’une partie d’entre elles ; ses capacités à remonter dans le passé dépendent de la profondeur de sa pratique et des dispositions qui lui sont propres. La renaissance et les vies antérieures font ainsi partie des thèmes de l’Enseignement "vérifiables par l’expérience".
     

 

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    Le Bienheureux, qui se trouvait dans le domaine mental où il pouvait entendre grâce à l’oreille surhumaine bien claire qui dépasse la capacité humaine

 

 

    L’ouïe "divine" est l’un des huit "pouvoirs surnaturels" (vijjâ) des samyaksam-buddha, dont voici la liste, telle qu’elle est donnée dans la tradition pâlie :

 

 

  • divers pouvoirs psychiques : voler, marcher sur l’eau, se rendre invisible…
  • voir et entendre ce qui n’est pas perceptible à des personnes ordinaires
  • lire les pensées des autres
  • se souvenir de ses vies antérieures
  • voir où un être renaît en fonction de ses actes
  • la connaissance profonde provenant de la méditation
  • le pouvoir de créer un "corps illusoire"

 

 

    Certains de ces "pouvoirs", notamment les pouvoirs psychiques ou les capacités extraordinaires (claire-vision, claire-audience, lecture dans la pensée d’autrui) peuvent être accessibles à tout homme qui pratique certaines formes de méditation et atteint ainsi un "domaine mental" dans lequel les sens échappent aux contraintes ordinaires. Ces pouvoirs, proches des pratiques magiques, sont encore aujourd’hui considérés comme accessibles aux yogis. Mais s’enorgueillir de tels pouvoirs et les utiliser pour impressionner le public, notamment pour obtenir des faveurs, constitue pour les bhikkhus une faute entraînant l’exclusion immédiate et définitive de la communauté.
    Si le Bouddha les utilisent, c’est uniquement en faveur de l’enseignement de la Doctrine ou pour permettre à un laïc d’opérer un don qui lui vaudra des "mérites" (cf. le texte commenté du module 2)
     

 

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    Les sept Tathâgata 

 

 

    Cette première section de la récitation présente (sans épargner à l’auditeur/lecteur aucune répétition !) les points communs aux six samyaksam-buddha qui ont précédé le "Bienheureux" (bhagavat) d’aujourd’hui : Siddhârta Gautama Sâkyamuni.
    Elle commence par la période de naissance de chaque Bouddha, calculée en "ères cosmiques" (kalpa).
    Puis sont évoqués successivement :  

 

 

  • leur caste de naissance, ksatriya ou brahmana, selon les cas (c’est-à-dire les deux plus hautes "castes" de la société brahmanique)
  • leur nom de famille
  • leur durée de vie, chaque Bouddha voyant cette durée diminuer (de 80.000 ans pour Vipassi à "très peu de temps, plus ou moins cent ans" pour Sâkyamuni)
  • le nom de l’arbre sous lequel chacun d’eux a connu l’Eveil
  • le nom de leurs "deux heureux disciples principaux", les plus remarquables et, le plus souvent, les deux premiers (pour le Bouddha Sâkyamuni, ces deux disciples seront Sâripûtra et Maudgalyâyana qui, bien qu’ils ne fassent pas partie du premier groupe de moines, seront parmi les premiers à suivre le Maître)
  • le nombre de leurs "assemblées d’auditeurs" , comptant de 248.000 disciples pour Vipassi à 20.000 pour Kassapa (le chiffre n’est pas précisé pour Sâkyamuni…)
  • le nom de leur "aide-assistant" (pour Sâkyamuni : son cousin Ananda)
  • le nom de leurs père et mère, souverains du royaume où ils sont nés (et, quand il s’agit de Bouddhas nés dans une famille de brahmanes, le nom du royaume et du souverain).

 

 

    Le résumé de cette longue énumération sera repris en ouverture de la deuxième section, uniquement à propos du Bouddha Vipassi, auquel est consacré le reste du texte.
     

 

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    il est surprenant le pouvoir prodigieux du Tathâgata, à tel point qu’il se rappelle les Bouddhas du passé qui ont atteint la cessation complète...

 

 

    Ce paragraphe énumère différentes expressions à peu près équivalentes : la "cessation complète" (pari-nirvâna) équivaut à l’arrêt définitif du cycle perpétuel des naissances et des morts (samsâra), auquel les Bouddhas parviennent à leur mort physique ; c’est la Délivrance suprême qui mène "au-delà de toutes les souffrances" caractérisant le samsâra. Les "barrières" ou "éléments retardateurs" qu’ils ont tranchés correspondent aux passions qui maintiennent les ignorants prisonniers du samsâra (ces différents points seront développés dans l’Unité de Cours 2 : "Les fondements de la Doctrine").
     

 

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    Qu’en pensez-vous, ô frères ?

 

 

    Se pose ici une question essentielle, celle de la connaissance du Bouddha, "directe", par "propre expérience". Quelle que soit leur confiance dans les "pouvoirs" de leur Maître, les bhikkhus se demandent néanmoins si le Bouddha n’a pas été informé par les dieux (leur longévité extrême leur permettrait en effet d’avoir eu connaissance de faits aussi éloignés dans le passé, dont la plupart ont eu lieu au cours de cette ère cosmique, à laquelle ils appartiennent eux aussi).
     

 

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    Les dieux aussi m’ont informé à leur propos

 

 

    Voir la conclusion du texte.
     

 

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    ceux qui ont éliminé les écoulements mentaux toxiques

 

 

    Cette expression est fréquemment employée pour désigner les srâvaka-buddha, "auditeurs" étant parvenus à l’état d’arhat.
    Les "écoulements mentaux toxiques" (âsavâ - le terme, dans son sens matériel, désigne le flux d’un fleuve, ce qui entraîne ; il faut le comprendre ici comme "ce qui entraîne dans le cycle des renaissances", le samsâra), appelés aussi "souillures mentales", sont au nombre de quatre : le désir des sens, le désir d’existence, les opinions et l’ignorance (ces différents points seront développés dans l’Unité de Cours 2 : "Les fondements de la Doctrine").
     

 

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    le bodhisatta Vipassi, en quittant le groupe des dieux Tusita, étant attentif et conscient, descendit dans l’utérus de sa mère

 

 

    Lorsqu’il produit la "pensée d’Eveil" (bodhicitta), le bodhisattva est assuré de parvenir à l’Eveil mais ne maîtrise pas pour autant la "carrière" (gati) qui lui permettra d’y parvenir. Il ignore notamment combien de vies successives lui seront nécessaires et il ne peut pas influer sur leur cours : comme n’importe quel être ordinaire, le bodhisattva renaît en fonction de ses actes, et c’est seulement la qualité de ceux-ci qui lui permettra de bénéficier des "meilleures" renaissances.
    Ce n’est que plus tard au (pendant la deuxième "période incalculable" ou encore après, selon les écoles) qu’il devient "déterminé" et que le nombre, la durée et la qualité de ses renaissances sont désormais fixées. Selon certains, il aurait alors la possibilité de se rendre dans les enfers (C’est ce qu’affirment les Mahâsâmghika : "
    Pendant la première période incalculable, il fait le vœu de naître dans les mauvaises destinées pour le salut des êtres ; mais ce vœu ne porte pas de fruit : le bodhisattva naît d’après ses actes. Ensuite, il naît comme il veut.") ; pour d’autres, il en est incapable, car ses mérites innombrables, accumulés au cours de ses précédentes vies, ne peuvent le permettre.
    Les docteurs des écoles anciennes montrent ici leurs hésitations quant à la "marge de manœuvre" dont dispose le bodhisattva, les uns insistant sur sa prédestination, les autres au contraire favorisant son libre-arbitre.
    Cela dit, toutes les écoles sont d’accord pour reconnaître au bodhisattva la possibilité de choisir les parents de sa dernière vie. C’est donc "attentif et conscient ", et non en fonction de ses actes antérieurs, qu’il "descendit dans l’utérus de sa mère".
     

 

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    une grande lumière incommensurable qui dépasse la majesté des dieux

 

 

    L’image de la lumière, associée à l’apparition ou aux diverses manifestations du Bouddha, est récurrente dans l’ensemble des textes bouddhistes. Il s’agit aussi bien d’une lumière matérielle que spirituelle.
    La lumière matérielle (évoquée ici) est l’une des caractéristiques du samyaksam-buddha, parfois présentée comme un "éclat d’or émanant de tout son corps" ou comme une "aura" aux lueurs d’arc-en-ciel. Cette aura, souvent représentée dans la statuaire par une auréole englobant le corps entier ou le buste (un mandorle), est fréquemment remplacée dans la statuaire moderne par des néons de couleur ! Ses différentes couleurs sont reprises, symboliquement, dans les cinq bandes du drapeau bouddhique, adopté à Ceylan à la fin du XIXe siècle.
    La lumière spirituelle est, bien évidemment, celle qui met fin à l’Ignorance. Elle est souvent évoquée à la fin d’un discours du Bouddha, dans les sûtra, par une formule stéréotypée ("C’est merveilleux, Bienheureux, c’est merveilleux. Comme si l’on apportait une lampe dans l’obscurité en pensant : "Que ceux qui ont des yeux voient les formes", de même le Bienheureux a rendu claire la Doctrine de maintes façons.") qui rappelle l’expression employée dans notre texte : "Les êtres vivants qui sont nés dans ces lieux, se voyant l’un l’autre grâce à cette splendeur, disent : "Vraiment, il en est donc d’autres qui vivent ici !". "
     

 

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    Celle-ci est naturellement une personne vertueuse

 

 

    Ce paragraphe, qui évoque les vertus de la mère du bodhisattva, représente un anachronisme évident puisque y sont énumérés les "cinq préceptes" qui constitueront la base éthique de toute pratique bouddhiste, qui sera bien évidemment formalisée beaucoup plus tard.
    [Ces préceptes seront étudiés dans l’Unité de Cours 4 : "Les pratiques"]
     

 

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    C’est dans l’ordre des choses, ô bhikkhus, que lorsqu’un bodhisatta est né, sa mère décède au septième jour et qu’elle renaisse alors dans l’état céleste Tusita.

 

 

    Le décès de la mère du bodhisattva, sept jours après la naissance, fait partie de ces points doctrinaux dont on peut penser qu’ils ont une origine historique vraisemblable à propos de Sâkyamuni, et qu’ils auraient ensuite été appliqués systématiquement et rétrospectivement à ses prédécesseurs.
    De fait, l’ensemble des textes anciens évoquent souvent sa "mère nourricière", Mahâ-Prajapati (qui sera à l’origine de l’ordre des nonnes bouddhistes), mais jamais sa mère biologique. Un tel événement n’a rien de très surprenant, la mort des mères en couche ou quelques jours plus tard étant resté courante jusqu’au XXe siècle. 
    Cela dit, l’aspect doctrinal de l’événement est accentué par le nom même attribuée à cette mère : Mâyâ. Ce nom signifie en effet "Illusion", ce qui fait qu’Illusion disparaît quand paraît le Bouddha... On ne saura sans doute jamais si c’est le nom qui a été choisi rétrospectivement ou la mort qui a été prescrite a posteriori !
     

    Quant à la période de gestation, certains ont voulu lire ces dix mois comme étant lunaires et non pas solaires, ce qui rendrait la période tout à fait normale (dix mois lunaires équivalent à neuf mois solaires). Les autres femmes accoucheraient alors, selon les cas, au terme ou de façon prématurée, ce qui - là encore - n’a rien de surprenant. L’important est que le bodhisattva, lui, naisse dans les meilleures conditions possibles, c’est à dire à terme (il faut noter qu’ici, pour une fois, le texte n’exagère pas ce qui concerne le bodhisattva mais ne fait que lui appliquer la "meilleure" norme).
     

    Enfin, la pose debout de l’accouchée a laissé perplexes de nombreux commentateurs. Pour André Bareau, elle évoque celle que les sculpteurs hindous prêtent fréquemment aux dryades, génies féminins habitant les bosquets ou les rivières, qui pouvaient être invoquées notamment pour obtenir un enfant ou une naissance heureuse.
    En étudiant les différentes versions du récit de la "naissance de Sâkyamuni", André Bareau a constaté que sa localisation au "jardin de Lumbini" était relativement tardive, les textes les plus anciens laissant croire qu’elle avait pu avoir lieu, tout simplement, à Kapilavastu. Il soupçonne un amalgame avec un culte, rendu à une dryade propice à la fécondité, situé dans le bosquet (et non pas le "jardin") de Lumbini. Les guides qui faisaient visiter les lieux - dont on connaît la responsabilité vis-à-vis de nombreux embellissements, voire d’épisodes entiers de la vie du Bouddha - auraient associé la sculpture de cette nymphe à la représentation de la mère du bodhisattva, interprétant sa pose comme une caractéristique propre aux seules "mères de Bouddha".
     

 

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    Lorsque le bodhisatta sort de l’utérus de sa mère, il sort sans être souillé

 

 

 

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    Dès qu’il est né, le bodhisatta reste debout sur ses pieds

 

 

    Cette donnée traditionnelle des biographies du Bouddha est plutôt troublante dans un texte de tradition pâli. En effet, celle-ci insiste habituellement davantage sur le parcours "humain" et "prédestiné" du bodhisattva, même si celui-ci manifeste des capacités hors du commun (comme l’illustre la suite du texte). C’est le seul exemple du Mahâ’padâna-sutta (hormis le choix de sa famille de naissance… mais qui a lieu alors qu’il se trouve encore au ciel des Tusita) où le bodhisattva manifeste sa prescience de sa future condition de Bouddha. Une connaissance qu’il oubliera d’ailleurs aussitôt puisqu’il poursuivra par la suite son cheminement en commettant toutes les "erreurs" communes aux maîtres de maison.
    Cette déclaration solennelle reprend les thèmes habituels de la supériorité "sans supérieur" du Tathâgata (le chef, l’aîné, le premier).
     

 

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    Il a donc deux destinées, et il n’en est pas d’autres

 

 

    Sur la notion de çakravartin, voir le module 2 de ce cours, chapitre 2.1 "Le Grand Homme".
     

 

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    ainsi le prince était connu [sous le nom de] Vipassi

 

 

    Nous retrouvons ici l’image traditionnelle de la lumière et de la clairvoyance du Bouddha, exprimée à la fois dans sa dimension physique et psychologique : l’œil divin qui se manifeste par l’absence physique de clignements des paupières et la capacité de voir au-delà des distances habituelles ; l’aptitude à rendre un jugement "selon la loi des sens", c’est-à-dire correct, mais selon la vision ordinaire.
    En effet le bodhisattva, n’ayant pas atteint l’Eveil, n’a pas encore accès à la Loi supérieure, celle du Dharma. L’œil divin, résultat des mérites accumulés au cours des vies antérieures par la pratique des pâramitâ, ne se manifeste donc pour l’instant que dans le domaine humain, mondain, et non pas supra-mondain. Il en va de même de sa capacité à juger les hommes.
     

 

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    après de longues années, après des centaines de longues années

 

 

    Ne pas oublier que le Bienheureux Vipassi a vécu 80.000 années !
     

 

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    Ensuite, ô bhikkhus, le roi Bandhumâ organisa davantage les cinq plaisirs sensuels

 

 

    Exemple type de "prédestination" du bodhisattva. Quoiqu’on fasse, ce ne sont pas les prédictions, bien sûr, qui doivent se réaliser, mais l’engagement, le voeu du bodhisattva. Ni le roi ni le prince n’y peuvent rien et, bien que celui-ci soit plongé "jusqu’au cou" dans les plaisirs sensuels, les quatre rencontres le mèneront malgré tout jusqu’à l’Eveil.
     

 

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    Quant au prince Vipassi, ayant rasé ses cheveux et sa barbe

 

 

    Remarquable simplicité, pour cet épisode capital, d’où toute dramatisation a été évacuée !
    A comparer avec la narration que le Bouddha fait de son propre départ, tel qu’il est présenté dans le Mahâsaccaka-sutta [voir texte complémentaire] :
    "Avant mon éveil, quand j’étais encore un bodhisatta, la pensée suivante m’est venue : "La vie de ménage est serrée, comme une voie poussiéreuse. La vie de moine est libre comme l’air. Il n’est pas facile, vivant à la maison, de mener la vie totalement parfaite et totalement pure comme un coquillage poli. Que se passerait-il, si je rasais mes cheveux et ma barbe et revêtais la robe ocre et que je renonçais à la vie domestique et devenais quelqu’un sans demeure ?" Ainsi plus tard, quand j’étais encore jeune, les cheveux noirs, doté des bénédictions de la jeunesse, à la première étape de la vie, ayant rasé mes cheveux et ma barbe - bien que mes parents le souhaitaient autrement et s’affligeaient avec des larmes sur leur visage - j’ai pris la robe ocre et j’ai renoncé à la vie domestique pour devenir quelqu’un sans demeure. "

    Dans ces deux versions, sans doute très anciennes, le réalisme prime sur le symbolique.
    A noter que le Bouddha évoque "ses parents". Il s’agit a priori de son père et de sa mère "nourricière", seconde épouse de son père… ou alors la mort de la reine Mâyâ n’est-elle qu’un rajout symbolique (l’Illusion, "Mayâ", qui disparaît à l’apparition de l’Eveil).
    Cet épisode du "Grand Départ" sera évoqué à nouveau dans le module 2, chapitre I.1 "Un homme (presque) comme les autres".

 

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    Université Bouddhique Européenne - 2001
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