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sommaire - pré-requis - introduction - guide de lecture - synthèse - guide de révision - bibliographie |
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Module 1 - Texte de cours |
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| I.
Qu'est-ce qu'un Bouddha ? II.
Les caractéristiques d'un Bouddha |
III.
Comment devient-on Bouddha ? |
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1) Les témoignages |
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"Ecrire la vie de Sâkyamuni est une entreprise désespérée. (...) il a fallu près de dix siècles aux bouddhistes indiens pour composer la biographie complète de leur Maître et la représenter au long sur les monuments figurés. La légende ainsi élaborée s’est transplantée dans tout l’Extrême-Orient où elle a subi d’incessantes retouches pour répondre à l’attente des nouveaux croyants. (...) Il n’en demeure pas moins que le bouddhisme serait inexplicable si l’on ne posait pas à sa base une personnalité suffisamment puissante pour lui avoir donné le branle et l’avoir marqué de ses traits essentiels qui persisteront à travers toute l’histoire." |
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Etienne Lamotte, in Histoire du Bouddhisme indien, des origines à l’ère Saka, Louvain-la-Neuve, 1976, p. 16 |
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Ce que nous appelons le "bouddhisme" est un mouvement spirituel inscrit dans l’histoire et ses représentants se réfèrent eux-mêmes à un fondateur, qu’ils nomment Bouddha Gautama ou Bouddha Sâkyamuni et qu’ils considèrent comme un personnage historique. Ce fait semble d’autant plus important que la tradition spirituelle qu’il a fondée ne se rattache à aucune révélation divine et que lui-même ne se présente pas comme un dieu ou un être inspiré par des dieux. C’est son enseignement, appelé "Bouddha-Dharma", que ses disciples déclarent conserver et transmettre ; un enseignement issu d’une expérience réalisée par un homme, et donc, de ce fait, reproductible par tout autre homme. |
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L’intérêt porté à la réalité historique de l’existence du Bouddha Sâkyamuni est manifeste si l’on considère l’abondance des documents qui témoignent de sa vie. Mais ces documents posent un certain nombre de problèmes : ils sont d’abord extrêmement tardifs, par rapport aux dates supposées de la vie du Bouddha, pour être considérés comme fiables d’un point de vue historique (au sens où nous l’entendons en Occident, au XXe siècle). D’autre part, la légende se mêle si intimement à l’apparence historique qu’il paraît souvent impossible de les démêler. |
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Les monuments sont de loin les plus anciens puisque certains datent du
IIIe s. av. J.-C. ; quant aux textes, leur rédaction n’est attestée
qu’à partir du Ie s. av. J.-C. Or, le Bouddha Sâkyamuni est censé
avoir vécu au Ve ou au VIe s. av. J.-C. ; il existe donc
une différence de trois à six siècles entre la réalité historique et les
documents qui sont censés l’attester ! |
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voir le texte annexe 1 : Les dates du Bouddha |
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Les monuments |
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En dehors des bas-reliefs sculptés de nombreux temples ou monastères, qui nous offrent des récits imagés de la vie du Bouddha, les archéologues ont mis à jour et ont étudié d’autres types de monuments : stûpa (sortes de tumulus), stèles ou colonnes commémoratives, érigés en des lieux où le Bouddha est censé avoir vécu les épisodes les plus importants de sa vie - sa naissance (le jardin de Lumbini), la ville où il a passé sa jeunesse (Kapilavastu), le lieu de l’Eveil (Bodh-Gayâ), le jardin où il donna sa première prédication (Sârnâth), et celui de sa mort (Kusinagara)... mais aussi divers autres lieux où il aurait effectué des miracles. |
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Les inscriptions qui ont été retrouvées sur place attestent d’une tradition ancienne de pèlerinage en ces endroits (on dénombre huit lieux particulièrement importants), mais elles ne fournissent aucun élément fiable sur la véracité des événements qu’elles commémorent. |
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voir la carte : Les villes "saintes" du bouddhisme |
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Les recherches qui ont été menées depuis environ un siècle ont soulevé de nombreuses questions : ces lieux, sacrés pour les bouddhistes, le sont aussi parfois pour les hindous ; certains récits, notamment pour les miracles, semblent avoir été inspirés par le paysage lui-même ; dans quelques cas, plusieurs sites archéologiques peuvent correspondre aux descriptions que nous possédons. Il existe donc de très nombreuses incertitudes... |
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Notre seule certitude est qu’il existait déjà à date très ancienne une convention entre les disciples du Bouddha pour établir une "géographie sacrée" et que celle-ci constituait, pour eux, une preuve irréfutable de la réalité historique du Bouddha. Mais cela peut-il satisfaire notre "sens historique" ? |
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Un des chercheurs qui a le plus travaillé sur ce domaine, Alfred Foucher, précise : |
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"C’est un fait cent fois répété que les Indiens n’ont pas le sens historique : en revanche il faut reconnaître le goût et le soin particulier qu’ils déploient pour établir et perpétuer ce qu’on pourrait appeler la topographie de leurs légendes. (...) On peut ériger le fait en loi : n’ont subsisté dans l'Inde, avant la notation par l’écriture, que les seuls souvenirs rattachés à un lieu ou à un objet déterminés ; mais en revanche ces souvenirs étaient susceptibles de durer aussi longtemps que les choses matérielles qui les rappelaient." |
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Alfred Foucher, in La Vie du Bouddha d’après les textes et les monuments de l’Inde, J. Maisonneuve, Paris, 1993 |
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Que les lieux de pèlerinage soient effectivement des lieux historiques
ou qu’ils aient été "inventés" pour permettre de fixer une histoire, le plus
important est de comprendre pourquoi il a paru nécessaire d’écrire une "vie du
Bouddha" alors que les Indiens, habituellement, n’attachent aucune importance à
la vérité historique... |
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Les textes |
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De leur côté, les textes ne font que renforcer nos doutes. |
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Ce n’est que dans les tout premiers siècles de l’ère chrétienne qu’ont été écrites des biographies complètes du Bouddha. Auparavant, seuls existaient de courts récits, éparpillés en différents endroits de la littérature bouddhique (dans les sûtra, recueil des sermons du Bouddha, ou les vinaya, recueil des règles de discipline pour la communauté des moines). Il s’agissait d’épisodes succincts, racontés par le Bouddha lui-même, à l’occasion d’un enseignement ou de l’établissement d’une nouvelle règle de discipline. Au fur et à mesure des siècles, ces événements épars ont été rassemblés pour former un ensemble cohérent. Ces récits ont d’abord été transmis par tradition orale, pendant plusieurs siècles, avant d’être mis par écrit à une époque où existaient déjà plusieurs écoles bouddhistes différentes. |
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"Cette longue série d'épisodes nous a été transmise par les Vinayapitaka des Theravâdîn, en pâli, des Mahîçâsaka et des Dharmaguptaka, en traduction chinoise. On la trouve aussi chez les Mûlasarvâstivâdin, dans les traductions chinoise et tibétaine de leur Code monastique. (...) Les trois premières versions, qui s’accordent bien entre elles pour ce qui est du choix et de l’ordre des épisodes, ont pour origine commune une série commençant au lendemain de l’Eveil et finissant avec le retour à Râjagrha, capitale du puissant royaume des Magadha [près de laquelle le Bouddha s’éteindra]. Les Mahîçâsaka et les Dharmaguptaka y ont ajouté, en tête, plusieurs épisodes se rapportant à la jeunesse laïque du futur Bouddha ainsi qu’à la recherche et à l’acquisition de l’Eveil (...). Ces épisodes additionnels ont été choisis séparément par les Mahîçâsaka et les Dharmaguptaka, de telle sorte que, dans cette première partie, leurs deux versions sont beaucoup plus complémentaires que parallèles entre elles." |
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André Bareau, in En suivant Bouddha, p.39, éd. Philippe Lebaud, Paris 1985 |
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La confrontation de ces différents textes montre que chaque école avait « sa » version de la vie du Bouddha, notamment en ce qui concerne la période de jeunesse. En effet, textes et monuments ont ceci de commun qu’ils développent et mettent surtout en valeur les événements qui ont eu lieu avant l’Eveil. De leur côté, les éléments biographiques qui se rapportent aux années de prédication, après l’Eveil, n’existent jamais en tant que tels, comme récits historiques, mais toujours en introduction ou en illustration d’un enseignement (soit sur la doctrine, soit sur la discipline monastique). |
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Cette différence de traitement est d’autant plus surprenante que les années d’enseignement sont forcément les mieux connues de ses propres disciples, alors qu’elles constituent sans conteste la partie la moins développée des biographies. Comme si l’histoire, au sens où nous l’entendons, n’avait eu d’importance que pour la première partie de la vie du Bouddha, et qu’elle n’aurait plus eu d’intérêt que de manière anecdotique, pour la deuxième partie, de l’Eveil jusqu’à sa mort. |
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2) Un nom composé : "Bouddha - Sâkyamuni" |
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Dans la littérature ancienne du bouddhisme, il est extrêmement rare de trouver le terme de buddha employé seul à propos de Sâkyamuni. Il existe en fait plusieurs formules stéréotypées, selon que l’on parle de lui ou qu’on s’adresse à lui. |
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L’expression la plus fréquemment employée, dans un cas comme dans l’autre, est celle de Bhagavat (Bienheureux). Quand plusieurs personnes non-bouddhistes parlent ensemble du Bouddha, elles évoquent généralement "le religieux (sramana) Gautama, fils des Sâkya". Mais la formule la plus complète et la plus usitée dans les textes anciens est la suivante : |
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"Il est le Bienheureux (Bhagavat), le Méritant (Arhat), parfaitement et pleinement éveillé (Samyaksam Buddha), parfait en sagesse et en conduite, le Bien-allé (Sugata), le Connaisseur des mondes, le Guide suprême des êtres qui doivent être guidés, l’Instructeur des dieux et des hommes." |
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voir le texte annexe 2 : Les titres d’un Bouddha |
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Quant au Bouddha, il emploie pour parler de lui-même le terme de Tathâgata. |
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L’expression de "Bouddha Sâkyamuni", tout comme son "prénom" (Siddhârta), sont d’emploi relativement récent et on ne les trouve guère dans les textes avant les premiers siècles de l’ère chrétienne, à l’époque où des biographies complètes ont été rédigées. |
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On se trouve en fait en présence de deux séries de noms : |
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Ces deux séries n’ont absolument pas la même valeur. |
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Les noms de "l’état civil" sont surtout employés dans les textes tardifs (début de l’ère chrétienne) ou - quand ils apparaissent dans les textes anciens - ils sont utilisés par des personnes qui ne sont pas (ou pas encore...) ses disciples. Lorsqu’ils parlent de lui ou s’adressent à lui en employant son nom de famille et son surnom, ces interlocuteurs font du Bouddha un individu comme les autres, appartenant à une famille et à un clan, occupant une place précise dans la société indienne de son époque, très hiérarchisée. Ainsi, le nom de Sâkya le rattache-t-il à la caste des guerriers, les ksatriya, deuxième caste de la société indienne, (celle des chefs temporels et des rois), placée juste en dessous de la caste des brahmana (les chefs spirituels). |
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En revanche, la série de qualificatifs est systématiquement employée, dès les textes anciens. Car, pour ses premiers disciples, le Bouddha n’est pas un homme ordinaire. Ce qui leur importe, ce sont les caractéristiques qui le placent au-dessus du commun, qui font de lui un homme "extra-ordinaire", presque un "sur-homme". Lui-même, d’ailleurs, insiste sur les qualités exceptionnelles qu’il a acquises |
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cf. le texte présenté dans la page d’introduction, ces paroles étant censées avoir été prononcées juste après l’Eveil |
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Nous en trouvons un exemple remarquable dans le récit de sa rencontre, peu de temps après l’Eveil, avec les cinq compagnons qui avaient pratiqué l’ascèse avec lui, six années durant, avant qu’il ne s’isole pour poursuivre seul sa recherche : |
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"Quand ils eurent vu le Tathâgata assis, les cinq ascètes l’appelèrent par son nom personnel, Gautama, mais le Bouddha leur dit : N’appelez pas le Tathâgata par son nom personnel, car je suis maintenant Arhat, complètement et parfaitement Eveillé (Samyaksam-Buddha). La puissance surnaturelle du Tathâgata est immense, il est le Vainqueur (Jina) suprême. Si donc vous appelez le Tathâgata par son nom personnel, pendant très longtemps vous subirez d’intenses douleurs." |
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extrait du Vinaya des Dharmaguptaka, traduction d’André Bareau in En suivant Bouddha, éd. Philippe Lebeau, 1985, p. 64-65 |
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3) Les différents types de "buddha" |
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Bien qu’il soit le plus souvent employé comme un nom propre, le terme buddha, au départ, est un adjectif qualificatif. Il ne désigne donc pas une personne particulière mais une qualité propre à un certain type de personnes. Plus précisément, il sanctionne une expérience : l’Eveil (bodhi). |
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Selon la tradition, il existe ou peut exister de très nombreux buddha : il y en a eu dans le passé, il en existe à notre époque, il y en aura d’autres à l’avenir. Le Bouddha Sâkyamuni n’est que l’un de ces nombreux buddha, particulièrement remarquable et digne de vénération, mais qui partage avec tous les autres buddha la même caractéristique : celle d’avoir atteint l’Eveil, la bodhi. |
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Le mot expérience est ici capital : la bodhi est en effet un événement vécu, et non pas un savoir acquis. Les textes anciens diront à son propos qu’elle est "au-delà du raisonnement, accessible aux seuls sages en eux-mêmes", ou encore qu’elle est "réalisée dans l’intériorité, à part de toute croyance, inclination, connaissance par ouï-dire, opinion ou réflexion". |
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La bodhi est donc une expérience qui dépasse toute caractéristique individuelle : tous les buddha font la même expérience, quelles que soient leur individualité, leurs croyances, leurs opinions ou réflexions... "De même qu’il n’y a qu’une seule saveur dans l’océan, celle du sel, il n’y a qu’une seule saveur dans la bodhi, celle de la libération". |
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Le contenu de cette expérience de la bodhi sera étudiée en détail dans l’Unité de Cours 2 : "Les fondements de la doctrine" |
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La tradition bouddhiste distinguera cependant trois sortes d’Eveillés (buddha), selon la manière dont ils sont parvenus à l’Eveil et selon qu’ils seront ou non capables d’enseigner aux autres à partir de leur propre expérience. |
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Sortir de l’illusion et de l’erreur pour parvenir à l’Eveil demande d’abord des efforts, un certain travail sur soi, une remise en cause par rapport à des habitudes de pensée bien ancrées dans notre comportement. On fait dire au Bouddha : "Ceux qu’aveuglent attraction et répulsion ne peuvent comprendre une telle Doctrine qui s’avance à contre-courant [de nos habitudes de pensée], subtile, profonde, difficile à saisir, délicate". |
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Ceux qui y parviennent ont donc du mérite et on les appelle arhat (le terme peut être interprété comme "qui mérite des éloges" ou comme "celui qui a vaincu les ennemis"). De ce point de vue, tout buddha est un arhat, car il a fourni des efforts pour vaincre les passions (appelées aussi "souillures") et parvenir à la bodhi, il est donc digne d’éloge et de vénération. Un texte célèbre, le Dhammapada, présente ainsi l’arhat : "Il a subjugué ses sens, comme le cocher les chevaux de son char, il a renoncé à toute arrogance, il n’a plus de souillures : même les dieux l’envient, lui "qui-est-tel" !" |
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Dhammapada, stance 94, traduction Jean-Pierre Osier, GF Flammarion, Paris, 1997, p. 69 |
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Parmi tous ceux qui sont devenus buddha,
certains ont eu la chance d’être aidés et d’entendre un enseignement. On les
appelle pour cela des "auditeurs" - srâvaka.
D’autres ont réussi à parvenir seuls jusqu’à l’Eveil mais, pour diverses
raisons, n’ont pas pu faire profiter les autres de leur expérience ; ils ont
atteint l’Eveil seulement "pour eux-mêmes". On les nomme pratyeka, ce qui veut dire "pour soi". D’autres, enfin, ont réussi
à faire l’expérience de l’Eveil grâce à leurs propres efforts et, en plus, en
font bénéficier les autres grâce à leur enseignement. On dit alors qu’ils sont "parfaitement
et complètement (samyaksam)
éveillés" (buddha). |
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Eveil réalisé grâce à |
capacité à enseigner |
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pratyeka-buddha |
ses propres efforts |
non |
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samyaksam-buddha |
ses propres efforts |
oui |
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srâvaka-buddha |
à l'enseignement d'un |
non |
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Les pratyeka-buddha sont assez rarement évoqués dans la littérature bouddhique ancienne. Bien que arhat et buddha, parvenus à l’Eveil par leurs propres efforts et sans avoir entendu d’enseignement, ils ne sont d’aucune "utilité" pour l’humanité parce qu’ils n’enseignent pas. Cette impossibilité est due autant à leurs capacités insuffisantes qu’aux circonstances : ils sont devenus buddha à une époque où les êtres sont incapables de recevoir ou de comprendre leur enseignement. |
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Cette notion de pratyeka-buddha est intéressante, car les bouddhistes
reconnaissent ainsi que l’éveil est accessible à tous, même en des circonstances
où l’enseignement (le Dharma)
n’est pas diffusé. Le bouddhisme historique de notre époque (né à partir de
l’enseignement du Bouddha Sâkyamuni) ne s’arroge donc pas l’exclusivité du
chemin qui mène à l’éveil ! |
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Le terme Dharma sera étudié au début de l’Unité de Cours 2 : "Les fondements de la doctrine" |
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les samyaksam-buddha |
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Les samyaksam-buddha, comme les pratyeka-buddha, sont parvenus à l’éveil par leurs propres efforts mais, eux, ont la capacité d’enseigner aux autres le chemin qui mène à l’Eveil. Non seulement les circonstances le leur permettent, mais ils disposent de qualités exceptionnelles qui en font des buddha sans supérieur (anuttara). Le Bouddha historique Gautama Sâkyamuni, fondateur de ce que nous appelons le bouddhisme, est un samyaksam-buddha. |
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voir le texte annexe 3 : Un seul anuttara samyaksam-buddha par kalpa |
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La suite de ce cours développera les caractéristiques propres à ce type
de buddha |
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les srâvaka-buddha |
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Les srâvaka-buddha ou "buddha-auditeurs" sont généralement désignés, dans la littérature ancienne, par le seul terme d’arhat, qui insiste donc plus sur les efforts qu’ils ont accomplis que sur la réalisation de l’Eveil à laquelle ils sont néanmoins parvenus - le terme de buddha, employé seul et sans autre précision, est en effet plutôt réservé aux seuls samyaksam-buddha. Les srâvaka-buddha ne sont pas "sans supérieur" (anuttara), puisqu’ils sont parvenus à l’Eveil grâce à l’enseignement d’un samyaksam-buddha. |
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S’ils peuvent enseigner à leur tour, ce ne sera que dans la mesure où
ils réutiliseront l’enseignement qu’ils ont eux-mêmes reçu. Leur expérience est
en effet insuffisante pour leur permettre de diffuser un enseignement personnel
valable pour l’ensemble de l’humanité, contrairement aux samyaksam-buddha qui
se distinguent donc avant tout de tout autre buddha par leur capacité à enseigner le Dharma. |
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Attention ! |
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