Unité de cours 1  :  Le Bouddha Sâkyamuni

 

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Synthèse

Ce chapitre vous propose d'abord un résumé du cours, chapitre par chapitre, puis une synthèse correspondant aux questions proposées dans le "guide de lecture". Ces textes constituent l'essentiel de ce que vous devez absolument avoir assimilé avant d'aborder les cours suivants.


 

 

 

 

 

 


Résumé du cours

 

 

 

    Module 1 : Le Bouddha
     

 

 

    Les textes et les monuments évoquant la biographie du Bouddha ne peuvent pas être considérés comme des preuves historiques car ils datent de trois à six siècles après les dates supposées de sa vie. Les événements de sa jeunesse (a priori les moins connus) y sont particulièrement développés alors que ceux de sa vie de prédication sont quasiment passés sous silence.

 

I. 1

    Deux séries de noms sont utilisées à propos du Bouddha. La première (un état civil comportant prénom, nom et surnom) est sans doute tardive et n’est quasiment pas employée par ses disciples ; la deuxième (une série de noms évoquant sa supériorité) est indiquée, par le Bouddha lui-même, comme celle qu’il convient d’utiliser à son égard.

 

I. 2

    Parmi ces noms, le terme buddha est un titre qui n’est pas employé seulement pour le "Bouddha historique". Est buddha toute personne qui atteint l’Eveil (bodhi). La tradition distingue trois sortes de buddha. Les plus élevés de cette hiérarchie sont les samyaksam-buddha, qui parviennent à l’Eveil par leurs propres efforts et qui enseignent, comme c’est le cas pour le Bouddha Sâkyamuni. Ils sont particulièrement rares.

 

I. 3

    Le terme employé par le Bouddha pour parler de lui-même est celui de Tathâgata ("Ainsi-allé"). Ce terme insiste sur des caractéristiques communes à tous les buddha, établissant un modèle insurpassable et inaccessible à des personnes ordinaires.

 

II. 1

    L’Eveil octroie en effet au Bouddha des "pouvoirs" de connaissance extraordinaires, qui lui permettent d’enseigner à partir de sa propre expérience, mais il ne dispose d’aucun pouvoir salvifique. Il est "Celui qui montre le chemin".

 

II. 2

    Pour concilier ces pouvoirs exceptionnels avec les caractéristiques humaines ordinaires du Bouddha, on dit qu’il possède plusieurs "corps" : un corps "corruptible", comme tout homme, la possibilité de créer des corps" illusoires", comme tous les grands yogis, et un corps pur "de Dharma" (dharma-kâya), propre aux seuls Bouddhas, dont il bénéficie depuis l’obtention de l’Eveil et qui se manifeste par son accord avec l’Enseignement qu’il délivre.

 

II. 3

    Ne peut devenir un Bouddha pleinement éveillé (samyaksam-buddha) que celui qui fait le voeu d’atteindre l’Eveil, seul et sans aucune aide. Un tel être exceptionnel s’engage dans la "carrière du bodhisattva", afin de mettre en pratique des qualités particulières (les pâramitâ), au cours d’un nombre incalculable de vies successives (racontées dans des récits appelés Jataka).

 

III. 1

    La dernière vie du bodhisattva, au cours de laquelle il obtient l’Eveil, est caractérisée par des événements que vivent tous les Bouddhas. Ceux-ci se déroulent selon un modèle qui semble ne laisser aucune liberté au futur Bouddha.

 

III. 2

     

 

 

    Module 2 : Sâkyamuni
     

 

 

    Dans les biographies tardives, pourtant, le Bouddha semble devenir plus humain. A partir de schémas qui leur semble communs, les différentes écoles bouddhistes vont développer des récits plus réalistes et les événements de sa jeunesse et des années qui précèdent l’Eveil se présentent alors comme le modèle de la carrière spirituelle que peut vivre chaque homme.

 

I. 1

    L’exagération reste pourtant présente et le réalisme n’est qu’apparent. Les événements racontés sont en fait surtout des illustrations de différents points de la Doctrine. La biographie du bodhisattva (vies antérieures et dernière vie) apparaît plus comme une œuvre pédagogique que comme un récit historique.

 

I. 2

    La vie du Bouddha, à partir de l’Eveil, obéit elle aussi à ce principe : même ses traits les plus "humains" (comme la maladie ou la mort) sont interprétés ou utilisés pour mettre en valeur ses qualités exceptionnelles et démontrer la véracité de son Enseignement.

 

I. 3

    Les biographes ont aussi pris soin d’intégrer la vie et la personnalité du Bouddha dans les schémas de la mythologie indienne de l’époque, mais en la réinterprétant à leur avantage, selon les normes de leur "nouvelle religion". C’est le cas, notamment, pour le personnage du "Grand Homme", dont la vocation n’est plus seulement de devenir un "Roi souverain" (çakravartin), mais qui peut aussi devenir un Bouddha.

 

II. 1

    L’Ordre cosmique de la religion brahmanique est, lui aussi, réinterprété. Les dieux, relativisés et dévalorisés, perdent leur pouvoir face au Bouddha, considéré comme bien supérieur à eux. A l’instar des hommes, ils ont tout intérêt à devenir ses disciples.

 

II. 2

    Les récits évoquant les événements dans les jours qui suivent l’Eveil mettent en scène plusieurs personnages typiques : laïcs marchands ou banquiers, brahmanes et rois. Ces épisodes permettent d’expliquer et de préciser quelles doivent être les relations entre ces divers groupes sociaux et la communauté des disciples du Bouddha. Certains faits concernant des laïcs, sans doute réels, ont été réutilisés pour alimenter la biographie du Bouddha lui-même.

 

III. 1

    Présentée surtout dans le recueil de la discipline monastiques (vinaya), la biographie du Bouddha permet souvent, a posteriori, de justifier l’institution de règles beaucoup plus tardives. Les indications qui apparaissent en introduction des sûtra (sur les circonstances dans lesquelles les enseignements ont été donnés) servent aussi d’aide-mémoire aux bhiksu pour retrouver plus facilement un discours, notamment selon le personnage auquel il s’adresse.

 

III. 2

    Face à ces multiples interprétations possibles, les chercheurs occidentaux ont hésité longtemps : le Bouddha n’était-il qu’une invention mythique ? Pouvait-on, en supprimant les exagérations légendaires, retrouver l’homme réel ? On considère plutôt aujourd’hui que ces textes nous renseignent sur la représentation que les différentes écoles du bouddhisme ancien se faisait du Bouddha, en fonction de leurs propres choix doctrinaux.

 

IV. 1

    Les biographes asiatiques modernes, eux-mêmes, continuent d’interpréter la vie du Bouddha en fonction du public auquel ils s’adressent et de la présentation qu’ils souhaitent donner de la doctrine.

 

IV. 2


 


Synthèse

 

 

 

    Module 1
     

 

 

    Qui peut-on appeler un "Bouddha" ?
    Pour les écoles du bouddhisme ancien, le terme de bodhi (Eveil) est un mot courant qui désigne l’expérience que chaque homme peut faire s’il suit la voie appropriée. Toute personne ayant atteint l’Eveil a droit au titre de buddha. Il en existe un grand nombre, aujourd’hui comme par le passé, comme il en existera aussi encore dans l’avenir. Cependant, le titre de "Bouddha" est généralement réservé à un être exceptionnel (il n’en apparaît qu’un seul à la fois par ère cosmique), dont le nom technique est samyaksam-buddha ("complètement et pleinement éveillé") Les autres types de buddha sont plus souvent appelés arhat.

 

 

    Quelles sont les caractéristiques d'un Bouddha ?
    Le Bouddha (samyaksam-buddha) se distingue de tous les autres parce qu’il est le seul à pouvoir enseigner la voie qui mène à la bodhi. Il a en effet accédé à des connaissances "supérieures" et bénéficie de "pouvoirs" particuliers qui en font un enseignant hors-pair, mais il n’a pas la capacité de sauver quelqu’un par la grâce.

 

 

    Comment devient-on un Bouddha ?
    Il doit cette supériorité au voeu qu’il a prononcé (atteindre l’Eveil sans l’aide de quiconque) qui l’engage dans la "carrière de bodhisattva". Au cours d’un nombre de vies incalculables, il met en pratique des qualités appelées pâramitâ, selon un schéma qui est le même pour tous les Bouddha, ce que manifeste le titre qu’il se donne à lui-même : Tathâgata ("allé ainsi").

 

 

    Le Bouddha est-il un homme ou un sur-homme ?
    Bien qu’il reste soumis à la maladie, à la vieillesse et à la mort, le Bouddha est considéré comme un être "sans supérieur" (anuttara) : non pas tant à cause de ses capacités à dominer l’esprit et la matière (ce qui est le cas de tous les grands yogis), mais en raison de l’accord total qui existe entre sa vie et son enseignement (le Dharma). On dit qu’il est pourvu d’un corps entièrement pur, appelé "corps de Dharma" (dharma-kâya). Il ne correspond plus à la définition ordinaire de ce qu’on appelle un "homme".
     

 

 

    Module 2
     

 

 

    Les biographies du Bouddha sont-elles constituées d’événements réels ?
    Les biographies de Sâkyamuni sont des créations tardives, fabriquées à partir d’éléments épars dans des textes variés, dans lesquels la légende occupe une place importante. Ces sources datent de plusieurs siècles après la vie supposée du Bouddha. S’ils comportent des événements vraisemblables, il semble que certains d’entre eux n’aient pas concerné le Bouddha lui-même, mais qu’ils lui ait été imputés après coup. On peut supposer que certains éléments sont réels, surtout lorsqu’ils ne sont pas à l’avantage de ceux qui les ont transmis.

 

 

    Peut-on les considérer comme des récits historiques ?
    Les biographies se présentent surtout comme des oeuvres pédagogiques qui permettent d’illustrer, à travers la vie de Sâkyamuni, les points les plus importants de sa Doctrine. Toute la période qui concerne sa naissance et sa jeunesse peut être lue comme un parcours symbolique : celui d’un "apprenti buddha". De nombreux épisodes ont dû être inventés après coup, dans un but pédagogique. Quant à sa vie de prédication, jusqu’à sa disparition, elle insiste surtout sur les qualités qui font de lui un être supérieur. Les biographes n’ont pas souhaité transmettre un récit historique mais plutôt un récit exemplaire de la pratique bouddhiste et de ses avantages, ainsi qu'une hagiographie du fondateur.

 

 

    Sur quoi nous fournissent-elles le plus de renseignements ?
    Ces récits nous donnent de nombreux renseignements sur la vie de la Communauté et sur ses relations avec la société indienne de l’époque. Ils montrent notamment comment les bouddhistes se sont réappropriés à leur avantage les mythes et des "lieux saints" brahmaniques. Ils exposent des règles de conduites, valables pour les moines et les laïcs, et expliquent de nombreuses coutumes en les justifiant a posteriori, comme s’ils avaient eu lieu à l’époque du Bouddha lui-même.

 

 

    Les présentations actuelles du Bouddha sont-elles fiables ?
    Aujourd’hui encore, les bouddhistes continuent de présenter la vie du Bouddha en fonction de l’enseignement qu’ils souhaitent mettre en valeur. Les chercheurs occidentaux, de leur côté, souhaitent mettre à jour des données historiques fiables, mais les études qui sont menées n’aboutissent qu’à des probabilités, souvent fragiles et encore controversées.

 

 


 


Université Bouddhique Européenne - 2001
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