Université Bouddhique Européenne

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"
Introduction au Bouddhisme"
 


 

 

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    Unité de Cours 1 - Le Bouddha Sâkyamuni


Unité de Cours 1 - Le Bouddha Sâkyamuni
 


 

    question 1 : pourquoi le bodhisattva renonce-t-il à recevoir un enseignement ?
    Je ne saisis pas très bien les raisons qui poussent le bodhisattva à renoncer à toute aide de la part des autres buddhas parfaits ? Il semble quand même que la rencontre avec un buddha parfait lui soit toujours nécessaire, alors pourquoi dans ces conditions refuser le bénéfice de son enseignement ? Est-ce pour nous rappeler que l'enseignement doit être redécouvert par chacun d'entre nous et qu'il ne peut être accepté qu'après des investigatiions personnelles ? En quoi un éveil atteint sous l'effet d'un enseignement reçu serait-il inférieur  à un éveil atteint par soi-même exclusivement ? J'ai un peu de mal à comprendre cette attitude, l'enseignement apporte-t-il des  précisions sur ce point ?

    réponse :
    Effectivement, l'Eveil obtenu par un srâvaka-buddha (ou arhat) est considéré comme inférieur au "plein et complet éveil" : pas du point de vue de la Délivrance, mais du point de vue des qualités d'enseignant de ce buddha ! Un srâvaka-buddha n'a pas acquis assez d'expérience personnelle pour pouvoir enseigner de manière efficace pour tous... il ne pourra que répéter l'enseignement qu'il a reçu, à la lumière de l'expérience acquise surtout au cours de sa dernière vie. Alors qu'un bodhisattva bénéficiera de l'expérience de toutes ses vies vouées à la pratique des pâramitâ. Comme on dit : "c'est en forgeant qu'on devient forgeron" et le bodhisattva, par son cheminement solitaire, s'appuiera sur l'immensité de son expérience personnelle de tous les états d'existence possible. Dans les écoles anciennes, le bodhisattva profite de ses rencontres avec un samyaksam-buddha uniquement pour voir confirmer son futur éveil et vérifier qu'il est bien sur la bonne voie. Mais il ne reçoit jamais d'enseignement à proprement parler. S'il bénéficiait d'un enseignement, il deviendrait alors un srâvaka-buddha !


 

    question 2 : les trois corps du Bouddha
    Il est toujours un peu difficile de faire abstraction des enseignements que l'on a pu entendre auparavant, surtout quand on ne les a pas vraiment compris ! J'ai souvent entendu parler d'une théorie des trois corps du buddha, vous parlez également des corps du buddha, y-a-t-il un lien entre ces deux approches ?
    Plus précisément que deviennent les corps corruptibles, illusoires et le corps pur après le parinirvâna ? Le corps pur subsiste-t-il ? L'hypothèse du corps pur est-elle la justification doctrinale du culte des reliques ? Si le corps pur "subsiste" ou se situe hors du temps, que signifie alors le parinirvâna ? Quelle relation pouvons-nous entretenir avec le Bouddha de notre ère ? 

    réponse :
    La théorie des "trois corps" de Bouddha sera surtout formalisée par les écoles du Mahâyâna et donc étudiée dans l'Unité de Cours 3. Les écoles anciennes n'en proposent qu'une "ébauche", pourrait-on dire... assez différente en effet.
    Le corps "corruptible" (il n'y en a qu'un !) est celui dont le Bouddha est doté au moment de sa "naissance" physique et qui disparaîtra au moment de sa "mort" biologique : il est constitué de matière et il n'en reste que quelques reliques, auxquelles sont associés parfois certains "pouvoirs" (d'où la vénération qui les entoure ; notamment la célèbre "dent" qui est conservée à Ceylan, dans la ville de Kandy). Mais ce sujet reste controversé...
    Les corps "illusoires" ne demeurent pas puisqu'ils ne sont que les manifestations psychiques du Bouddha, pendant sa vie, lorsqu'il veut se rendre visible à des êtres vivant dans d'autres domaines d'existence (les dieux, uniquement).
    Quant au corps de Dharma, pour les écoles anciennes, il est essentiellement symbolique et correspond à l'enseignement délivré par le Bouddha ou, pendant sa vie "biologique", à ce que son corps "corruptible" manifeste de cet enseignement, à travers les gestes et la parole. Le corps de Dharma n'a donc aucune existence matérielle et ne peut subsister, ni dans le temps ni hors du temps... sauf si l'on considère qu'il s'agit de la Doctrine (textes et paroles conservés par les disciples du Bouddha) ; dans ce cas, ce "corps de Doctrine" durera autant de temps qu'il y aura de disciples pour le conserver et le transmettre.
    En tout état de cause, on ne peut plus avoir aucune relation avec le Bouddha historique qui a totalement "disparu" au moment du parinirvâna... Nous reverrons cela à la fin de l'Unité de Cours 2.


 

    question 3 : textes biographiques
    Pourriez-vous donner quelques précisions sur les biographies du Bouddha ? Je ne connaissais l'existence que du Lalitavistara, et je souhaiterais avoir quelques notions sur les autres biographies que vous visez dans le cours.  

    réponse :
    Le Lalitavistara est sans doute la plus "récente" des biographies du Bouddha... au point qu'on l'a considérée parfois comme un texte relevant du Mahâyâna, datant du début de l'ère chrétienne. Oeuvre écrite en sanskrit, présentant un récit complet et suivi, on en connaît plusieurs traductions en chinois et en tibétain, preuve de sa popularité !
    Parmi les sources "anciennes", la biographie la plus complète est celle qu'offre l'école Mahâsamghika dans le texte intitulé "Mahâvastu" (le "Grand sujet"...) qui raconte les existences antérieures du Bouddha (comme les récits des Jataka, du canon pâli) et la dernière vie, jusqu'à la conversion des premiers disciples. Le vinaya des Dharmaguptaka offre aussi de nombreux récits complets (voir le texte commenté du module 2 : "conversion du roi Bimbisara", qui est tiré de ce vinaya, et l'ouvrage d'André Bareau signalé dans la bibliographie, d'où est issue la traduction que nous vous proposons).
    La littérature pâli offre aussi plusieurs récits assez développés, notamment des vies antérieures du boddhisattva, mais elles ont été rédigées, pour la plupart d'entre elles, du XIIe au XVIe siècles !!
    En ce qui concerne les autres sources les plus anciennes (avant l'ère chrétienne), on en est réduit à l'éparpillement de détails contradictoires les uns avec les autres, dans les sûtra et les vinaya (ce sont ces documents qu'André Bareau étudie en détail dans ses trois ouvrages consacrés à "la Biographie du Bouddha", cités dans la bibliographie).


 

    question 4 : liberté ou prédestination du bodhisattva
    En réponse à la question sur la liberté et la prédestination du bodhisattva, peut-on dire qu'il est libre au moins jusqu'à son voeu, jusqu'à son constat et sa résolution, et que par la suite plus il se rapproche de la phase finale de l'Eveil il doit suivre avec de plus en plus de rigueur l'itinéraire unique ? Qu'en prenant le voeu il renonce à "sa" liberté et doit pour cela développer énergie et patience ?  

    réponse :
    Comme il était évoqué dans la "proposition de réponse", il est tout à fait difficile de répondre strictement à cette question ! Certaines écoles évoquent en effet un moment où la carrière devient "déterminée", supprimant ainsi toute liberté de choix au bodhisattva. Il est évident, d'autre part, qu'un aspirant à l'Eveil (nous verrons mieux pourquoi dans la suite du cours) cherche à détruire toute manifestation de "son" ego et que, s'il voulait conserver "sa" liberté, il s'agirait là bien sûr d'une manifestation de cet ego... Effectivement, en s'engageant sur la voie des pâramitâ, le bodhisattva renonce à "sa" liberté !
    Quant aux pâramitâ que vous évoquez : la patience est surtout cultivée pour ne pas réagir négativement aux actions négatives d'autrui, tandis que l'énergie concerne effectivement l'engagement du bodhisattva vis-à-vis de lui-même et de la "mission" à laquelle il se voue.


 

    question 5 : Mâra
    Quel rôle Mâra aurait-il joué lors de la mort du Bouddha ? Je pensais que son intervention se limitait à l'affrontement sous l'arbre de l'éveil ! Quelle est l'évolution de Mâra ? Reste-t-il maître du samsâra ou bien atteint-il également l'éveil ?  

    réponse :
    Mâra intervient quelques semaines avant la mort du Bouddha pour lui rappeler qu'il doit mourir ! Lors de l'Eveil, Mâra a tenté le Bouddha en lui proposant de gagner immédiatement le parinirvâna - ce qui aurait fait de lui un pratyeka-buddha, non-enseignant... Le Bouddha refuse par compassion pour l'humanité, sur intervention de Brahma, mais promet à Mâra qu'une fois le Dharma bien implanté dans l'humanité, lorsque des disciples suffisamment bien instruits pourront le transmettre correctement, il accèdera à la demande de Mâra et se retirera du monde. Cette ultime intervention de Mâra est racontée dans le "Parinirvânasûtra".
    Mâra doit sa position de "régent du samsâra" à ses bonnes actions antérieures, notamment un grand sacrifice qu'il a accompli dans une vie antérieure (c'est au nom de ce sacrifice qu'il dispute sa place au Bouddha sous l'arbre de l'Eveil et qu'intervient alors la Terre pour témoigner en faveur du Bouddha). Il occupera cette place tant que ses "mérites" ne seront pas épuisés... mais il lui faudra ensuite renaître dans un autre état d'existence ! Quant à son avenir, certains textes évoquent en effet un temps où, rené en tant qu'homme, Mâra pourra à son tour écouter et suivre l'enseignement d'un samyaksam-buddha et parvenir ainsi à l'Eveil...


 

    question 6 : les dieux Trente-trois
    Une question irrépressible : Pourquoi les dieux Tusita sont-ils surnommés "les Trente-trois" ? 

    réponse :
    La réponse est simple : parce qu'ils sont trente-trois !! Ces dieux correspondent en fait au panthéon brahmanique, tel qu'il était à peu près fixé, à partir des Veda, à l'époque où le canon bouddhique ancien s'est lui-même fixé. Ce chiffre est symbolique et commun à d'autres civilisations indo-européennes (le même chiffre 33 apparaît dans la religion iranienne). Il évoluera d'ailleurs par la suite, d'abord arrondi à 30 (les "trois fois dix"), il passera ensuite à 3.303, puis à 33.333, puis encore à 33 millions, pour terminer par 330 millions !! La permanence du 3 doit être rapproché de la tri-partition des sociétés indo-européennes : prêtres, guerriers et producteurs, les dieux étant eux-mêmes répartis selon le même schéma : dieux souverains, dieux guerriers, dieux subalternes... Ces dieux Trente-Trois (auxquels il faut ajouter Brahma, qui leur est supérieur) sont directement "récupérés" du brahmanisme.
    Nous reviendrons sur les dieux dans l'Unité de Cours suivante...


 

    question 7 : les trois types de buddha
    A propos de l'exposition synthétique des différences entre les trois catégories de buddha (parfait, pour soi et auditeur), je souhaiterais connaître où se trouve dans les pitaka cet exposé aussi clair. Pouvez-vous compléter le cours en apportant quelques références ?  

    réponse :
    Les sûtra anciens ne présentent pas cette distinction. On ne peut que la déduire de la présentation qui est faite des samyaksam-buddha et des arhat (considérés comme srâvaka-buddha) et de quelques allusions au pratyeka-buddha... Ce n'est qu'après l'apparition du Mahâyâna, qui privilégiera les samyaksam-buddha au détriment des deux autres types, que les écoles anciennes se mettront à débattre du sujet et à prendre position, en réaction au Mahâyâna. Les références "formelles" ne pourraient donc être trouvées que dans les commentaires non-canoniques, postérieurs à l'ère chrétienne (les trois types de buddha ne sont pas davantage évoqués dans l'abhidharma).
    Encore une fois : employer l'expression d'écoles "anciennes" ne veut pas dire qu'on ne considère que les textes d'avant l'ère chrétienne...


 

    question 8 : symbolique de l'éléphant blanc
    Dans les "songes de Maya", le futur bouddha est un éléphant blanc pour devenir un être humain après sa naissance. Quel en est la symbolique et existe-t-il un lien avec Ganesh ? 

    réponse :
    L'éléphant, en Inde, est associé à la puissance et à la sagesse ; il symbolise le pouvoir qui règne par la tempérance et la justice, son calme et sa placidité l'opposant ainsi à d'autres grands animaux sauvages, comme les fauves (lion ou tigre), qui représentent davantage la force, plutôt violente et impulsive, des chefs de guerre. Il est l'un des sept joyaux que possède le Roi universel (çakravartin) et donc naturellement associé à l'idée de royauté. Comme nous le précisons dans le commentaire du texte du module 2, il est associé, dans le brahmanisme, au dieu Indra, le "souverain des dieux". L'éléphant associé au Boudha représente donc sa "royauté" spirituelle ("Je suis l'unique en ce monde", déclare le Bouddha...), comme il représente la royauté "temporelle" du çakravartin ; la couleur blanche est, bien entendu, celle de la pureté.
    Cette association est bien antérieure à l'apparition du dieu Ganesh, qui ne s'impose réellement qu'à partir du Ve s. après J.-C. Son culte, surtout présent dans l'Inde du Sud, semble avoir une origine très régionale et avant tout totémique. Bien que doté d'une tête d'éléphant, Ganesh n'a rien d'un roi qui règne par la justice : il est celui qui crée des obstacles ou permet de les éviter... Il doit sa popularité au fait qu'on lui attribue, du même coup, le pouvoir d'accorder le succès. On l'invoque ainsi au début d'une entreprise, en vue de s'attirer sa protection contre les obstacles qu'il faudra surmonter.


 

    question 9 : le pratyeka-buddha
    Le pratyeka-buddha atteint l'éveil par ses propres efforts, mais est-ce délibéré (comme dans le cas du parfait buddha) ou bien est-ce contingent ? Et quelle serait, selon vous, l'utilité de cette triple distinction parmi les buddha ?

    réponse :
    Avant toute chose il faut se souvenir que la "formalisation" des trois types de buddha est relativement tardive et ne s'est fixée réellement qu'en réaction aux enseignements des écoles mahâyâniques (début de l'ère chrétienne).
    Le cheminement solitaire du pratyeka-buddha est dû au fait qu'il vit à une époque où l'enseignement d'aucun samyaksam-buddha n'est accessible ni diffusé. On peut alors dire, pour reprendre vos expressions, que cette solitude est "contingente", car due aux seules circonstances. Le pratyeka-buddha ne "désire" pas, en effet, cheminer seul pour pratiquer les pâramitâ, mais il chemine en solitaire parce qu'il ne peut pas faire autrement...
    L'intérêt d'un tel "concept" est double :
    - d'abord parce qu'on affirme ainsi que le nirvâna et le Dharma (en tant que Loi universelle) sont toujours accessibles et "existent" donc indépendamment de l'expérience qui peut en être faite : il ne s'agit pas d'un "projet divin", appelant une participation humaine pour "être" réellement ;
    - ensuite que Dharma et nirvâna sont accessibles, par expérience directe, à quiconque fait ce qu'il faut pour cela, même en l'absence d'un samyaksam-buddha et de son enseignement. Cet accès ne dépend donc ni d'une révélation (comme c'est le cas dans la plupart des religions) ni d'un enseignement (Dharma en tant que Doctrine) ou d'un enseignant particulier, qui serait le seul vecteur possible de cette expérience (cf. le Christ déclarant : "Je suis la Voie. Qui veut aller au Père doit passer par moi" ou les brahmanes, seuls détenteurs des rituels).
    Nous reverrons ces aspects, de manière plus développée, dans le premier module du cours suivant...


 

    question 10 : connaissances "selon la réalité" ou "parfaite"
    Je ne perçois pas très bien la différence entre la connaissance "selon la réalité" et la "connaissance parfaite" introduite dans la classification des pouvoirs acquis au moment de l'éveil, pouvez-vous apporter quelques précisions ?

    réponse :
    Les connaissances "selon la réalité" sont accessibles à tous, bouddhistes ou non bouddhistes, selon des degrés divers... Ainsi connaître "les diverses inclinations et les comportements des êtres vivants" relève-t-il de la simple psychologie ! De même la connaissance du karma ("les causes et les conditions et les conséquences des actes") est-elle accessible à tous et tout "apprenti-bouddha" (vous et moi...) est censé pouvoir en faire l'expérience directe. C'est l'amplitude de cette connaissance (ou "omniscience") qui caractérise le samyaksam-buddha : lui seul, en raison de son parcours de bodhisattva, a acquis un degré de connaissance "sans supérieur" (anuttara) dans de tels domaines.
    En revanche, les connaissances "parfaites" relèvent du seul parcours "bouddhiste" puisqu'elles ne sont acquises qu'avec l'extinction de l'Ignorance. Nous reviendrons plus longuement sur ce sujet en toute fin du cours suivant (Unité de Cours 2, module 4), qui traitera précisément de l'expérience de l'Eveil (bodhi) proprement dit.


 

    question 11 : le Bouddha "surhomme" parce que "découvreur" ?
    Peut-on considérer le Bouddhisme comme une réelle découverte, et dans ce cas Sâkyamuni pourrait en effet être considéré comme un "surhomme",  ou n'est-ce en réalité qu'une évolution plus ou moins logique de l'Hindouisme ?

    réponse :
    Au risque de vous décevoir (temporairement, je l'espère...) je ne vais  pas répondre directement à votre question ; "l'originalité" du bouddhisme, par rapport aux religions indiennes, sera en effet traitée dans le premier module de l'Unité de Cours suivante...
    En revanche, je souhaite préciser deux points que soulève votre question.

    1) un point de vocabulaire : la religion indienne, contemporaine du bouddhisme ancien, n'est pas l'hindouisme mais le brahmanisme. L'hindouisme est un ensemble de courants, complexe, qui s'est développé en Inde surtout à partir de l'ère chrétienne et, en grande partie, parallèlement et, tout à la fois, en réaction au bouddhisme. Ainsi, par exemple, il existe un tantrisme hindou comme il existe un tantrisme bouddhiste, et l'hindouisme a aussi "intégré" des données propres au bouddhisme : Bouddha est ainsi parfois considéré comme un "avatar" du dieu hindou Vishnou...
    L'hindouisme est donc une évolution du brahmanisme ancien, contemporaine de l'apparition des écoles du Mahâyâna qui constituent elles-mêmes une évolution du bouddhisme ancien.

    2) votre question suppose d'autre part que la qualité de "surhomme" du Bouddha serait liée à l'originalité de la pensée bouddhiste, considérée comme une "découverte" inouïe jusque-là. Je ne pense pas qu'il y ait obligatoirement une corrélation entre ces deux points... En tout cas, pour les bouddhistes eux-mêmes, la qualité "surhumaine" du Bouddha ne dépend pas d'une telle "découverte" (originalité par rapport au contexte religieux de son époque) puisqu'il est affirmé que le Dharma a déjà été enseigné autrefois, par d'autres samyaksam-buddha, et qu'il pourra l'être à nouveau, dans le futur.
    Si le Bouddha peut être considéré comme "surhumain", c'est donc en raison d'autres critères, internes au bouddhisme lui-même. Lesquels ?... Vous devriez normalement trouver vous-même la réponse dans le cours, car elle y est exposée !
    Ce point est important pour l'évolution ultérieure du bouddhisme et j'invite chacun à vérifier par soi-même qu'il a bien été assimilé ! Ce thème peut aussi faire, tout naturellement, l'objet de discussion sur le Forum...


 

    question 12 : le çakravartin
    A propos du "çakravartin", le "Monarque à la roue" : s'agit-il d'une notion préexistante au bouddhisme et déjà utilisée par la société brahmanique ou bien s'agit-il d'un concept développé dans le cadre du bouddhisme à partir de l'épisode de la prédiction des devins ?

    réponse :
    La notion de çakravartin existait déjà avant l'apparition du bouddhisme mais cet idéal était alors présenté conformément à l'idéologie brahmanique : ce "prototype" du souverain était un ksatriya élevé au rang de modèle, en accord avec la tripartition de la société indo-européenne et donc, avant tout, un guerrier. Conformément à son "rôle", il devait agir à l'instar des "dieux-guerriers", c'est-à-dire avec violence, voire brutalité...
    Il est dans "l'Ordre dharmique" brahmanique qu'un guerrier agisse avec force et puissance !
    C'est le bouddhisme qui, en réinterprétant son rôle à la lumière du Dharma bouddhique, fera du çakravartin un roi de Justice, un souverain "spiritualisé", et non plus un roi-guerrier, comme le marque bien le "choix" proposé au Grand Homme : soit devenir un Bouddha, soit devenir un çakravartin. Dans les deux cas, il s'agit alors de respecter le Dharma bouddhique, c'est-à-dire user de la vision juste dans le but de faire disparaître la souffrance.
    Le meilleur exemple de la distinction qu'on peut faire entre ces deux versions (brahmanique et bouddhique) est encore le roi Asoka lui-même : d'abord farouche conquérant par les armes, n'hésitant pas à tuer plusieurs milliers de personnes pour agrandir son empire (exemple type du ksatriya brahmanique) puis, une fois converti au bouddhisme, régnant par la paix, construisant des hôpitaux, aménageant des auberges équipées d'abreuvoirs le long des grandes routes de commerce...
    Il s'agit là, encore une fois, d'un bon exemple de "réinterprétation" bouddhiste d'un concept déjà présent dans le brahmanisme.


 

 

 

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